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Couronnement de Poppée de souffrance et de sang à Nantes

Avec treize ouvrages présentés sur les scènes d’Angers Nantes Opéra depuis 2004, et ont profondément marqué le mandat de Jean-Paul Davois. Ils concluent cette collaboration avec une vision très pessimiste du Couronnement de Poppée placée sous le signe du tourment, de l’érotisme et de la violence.

Cette production met remarquablement en valeur la modernité musicale et dramatique de l’ultime opéra de . Dans un cadre contemporain relativement dépouillé évoquant par le jeu des productions un building new-yorkais ou un palais contemporain, les metteurs en scène imposent une nouvelle fois une direction d’acteurs fouillée et précise qui vise à  mettre en évidence les tourments des protagonistes. Une phrase de Sénèque résume assez bien cette démarche : « leurs tiares ne servent qu’à  couronner leurs tourments». L’érotisme est souligné au-delà  des intentions du livret ainsi que la violence puisqu’après le suicide de Sénèque, Néron égorge Lucain au terme d’une scène de sodomie suggérée tandis qu’Octavie, contrainte à  l’exil, préfère se jeter dans le vide. La scène finale marque le contraste entre un duo d’amour céleste et les flots de sang qui dégoulinent à  l’arrière-plan, refusant tout triomphe aux amants immoraux.

Comment ne pas céder à  Poppée lorsqu’elle possède la plastique avantageuse et la sensualité de timbre de , à  la technique accomplie et aux irrésistibles accents enjôleurs ? Elle rivalise avec qui confirme le succès de son Elvira nantaise avec un instrument ductile et homogène, de l’aigu cristallin au grave particulièrement saisissant, et une parfaite virtuosité. La véhémence de son désespoir nous impressionne et ses adieux nous bouleversent. , ténor aux couleurs séduisantes, trouve ses marques au troisième acte et convainc dans autant dans ses accès de fureur que dans la clémence puis l’extase amoureuse. apporte sa fraîcheur vocale et physique à  Drusilla avec des vocalises limpides. Les clés de fa sont davantage en retrait même si affiche une intéressante qualité de timbre.

Ordonnateur omniprésent, porté dans les airs par des filins, l’Amour est confié au très jeune contre-ténor dont la singularité du timbre souligne le caractère divin. Très crédible en scène, il se révèle bon technicien et fin musicien. L’étonnant est parfait en Amalta, aussi précis dans se berceuse qu’hilarant dans la fatuité dérisoire de son air au dernier acte, tandis que réussit un grand numéro en vieille nourrice.

Sous la direction musicale à  quatre mains de et , les onze instrumentistes de l’ensemble conjuguent parfaitement nervosité et moelleux. Le continuo est particulièrement soigné et les percussions très efficaces. Ils contribuent largement au succès d’une matinée en tous points digne du standard de qualité imposé par Angers Nantes Opéra depuis de nombreuses années.

Crédits photographiques : (Poppée) (Néron) @ Jean-Marie Jagu – Angers Nantes Opéra

 

 

 

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