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Soirée Anne Teresa De Keersmaeker à Garnier : reprise sans surprise

Les saisons se suivent … et parfois se ressemblent. Après leur entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en octobre 2015, trois pièces d’, Quatuor n°4, Die Grosse Fuge et Verklärte Nacht, font leur retour sur la scène de Garnier, sans grand changement ni dans les distributions ni dans l’interprétation.

Ce sont trois pièces majeures, créées entre 1986 et 1995 par la chorégraphe belge, fondatrice de la compagnie (en 1983), qui ont fait leur entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2015, sous l’ère Millepied.

Quatuor n° 4, pièce de jeunesse créée pour quatre danseuses sur la musique de Bartók souffre des mêmes défauts constatés lors de l’entrée de l’œuvre au répertoire de l’Opéra. Le quatuor formé par Aurélia Bellet, , et fait preuve d’une belle complicité mais conserve une retenue, un côté trop sage qui éloigne la pièce de sa radicalité d’origine. Les jeunes femmes tirent l’interprétation du côté de l’espièglerie, sourires en coin, jupes relevées, talons qui claquent, de la séduction, main passée dans les cheveux et regards provocateurs, voire de l’humour. Mais manquent la rugosité, la violence de cette « dernière bataille des Amazones » comme la dépeint De Keersmaeker, et la dose d’effronterie qu’une avait su insuffler dans les représentations de 2015.

Die Grosse Fuge tranche par son énergie masculine – sept garçons dansent avec une seule femme, ici la superbe . Keersmaeker maîtrise l’art de la chute avec une étonnante subtilité : les corps tourbillonnent en l’air, désaxés, et tombent sur le sol, avant de se relever et de rebondir comme montés sur ressorts. Les danseurs de l’Opéra sont au rendez-vous et se plient à l’exercice avec un plaisir visible. Le groupe est soudé et s’impose avec délicatesse comme meneuse de groupe. Sa danse à la fois souple, féline et forte est un élément-clé de la pièce.


Enfin, Verklärte Nacht constitue le point d’orgue du programme. Cette pièce, composée sur la musique romantique tardive de Schoenberg sur un poème de , raconte, ou plutôt suggère de manière abstraite, l’histoire d’une femme qui déclare à l’homme qu’elle aime qu’elle attend un enfant d’un autre homme. Le décor de Gilles Aillaud évoque une forêt de troncs dépouillés, dans l’ombre d’une nuit éclairée seulement par le clair de lune. est la première femme sur scène. Elle fait face à un homme en costume, sévère. Le couple du poème s’efface lorsque les rejoignent sept autres danseuses et cinq autres danseurs, qui formeront d’autres couples, en écho au couple central. L’on retiendra notamment la grâce et l’abandon de , qui donne une intensité particulière à chacun de ses gestes, et l’engagement d’Awa Joannais, jeune quadrille qui incarne la femme libérée des conventions et s’impose, au fil des saisons, comme un atout de la troupe en danse contemporaine. Là encore les corps chutent, comme s’ils n’avaient pas la force de se soutenir. Au cours de cette nuit, c’est l’amour qui est transfiguré et qui éclate dans le pardon de l’homme qui accepte la femme et l’enfant.

Cette belle soirée placée sous le signe de la chorégraphe De Keersmarker revient sans doute un peu trop tôt à l’ONP, sans avoir laissé le temps aux danseurs d’aller plus loin dans leur interprétation, et sonne un peu comme une redite.

Crédits photographiques : © Benoîte Fanton / Opéra national de Paris