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Elektra à la Scala, en souvenir de Chéreau

Il ne reste plus grand chose du miracle d’Aix en 2013, mais les beaux débuts de dans le rôle-titre justifient à eux seuls la soirée.

Cinq ans après sa création, on n’en a pas fini avec la mise en scène d’Elektra par . Présentée à la Scala dès 2014, elle est remontée cet automne pour une reprise où la plupart des protagonistes initiaux du spectacle aixois ne sont plus de la partie. Il faudrait connaître les impressions d’un spectateur qui découvrirait le spectacle à l’occasion de cette reprise. Pour qui connaît en revanche déjà cette Elektra, il faut bien avouer que le compte n’y est plus vraiment : l’art de Chéreau s’appuyait avant tout sur un travail méticuleux avec les acteurs, et en particulier, à l’opéra, avec des interprètes d’exception qui avaient la dimension mythique de leurs personnages. fait ainsi preuve de toute la bonne volonté possible pour faire vivre le rôle-titre, mais son jeu scénique est à mille lieues du feu intérieur qui dévorait Evelyn Herlitzius dans les premières représentations. Elle qui a longtemps chanté Chrysothemis monte en effet en grade pour ces représentations, et le baptême du feu est pour le reste une belle réussite. On pourra trouver le vibrato un peu trop présent, mais Merbeth maîtrise tous les paramètres du rôle : sa voix passe l’orchestre sans difficulté, les mots sont là avec toute leur force expressive, et une vraie personnalité se dégage de son interprétation. , lui non plus, n’a pas travaillé directement avec Chéreau, mais il avait déjà chanté dans cette production à Berlin en 2016, et son interprétation noire et minérale a quelque chose de la force tellurique que Chéreau avait réussi à susciter sur la scène d’Aix-en-Provence.

Dommage, dans ces conditions, que la Scala se soit trouvée dans l’impossibilité de proposer une Chrysothemis plus digne que , au timbre acide et à l’expression quelconque. , elle, était dès les débuts un des atouts majeurs du spectacle de Chéreau : sa présence sur scène conserve une force magnétique irrésistible, mais il faut bien avouer qu’elle n’est ce soir pas en très grande forme vocale.

Dans la fosse, l’orchestre de la Scala est dirigé par , qui a dû reprendre les rênes de la production après la première en raison de l’indisposition de Christoph von Dohnanyi, contraint d’annuler l’ensemble des représentations restantes. Il est toujours périlleux dans ce cas de rendre à chacun ce qui lui appartient, mais du moins, dans des circonstances d’autant plus difficiles que dirige en même temps les représentations de Fin de partie de Kurtág, et à l’exception de quelques passages à vide, on entend une Elektra d’une réelle force théâtrale, où les équilibres entre la voix et l’orchestre sont rarement mis en péril, où le drame avance efficacement et où l’orchestre straussien sonne aussi dans ses subtilités et non dans sa seule dynamique.

Crédits photographiques : © Brescia/Amisano – Teatro alla Scala