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Enfin un ouvrage sur les compositrices du XXIe siècle

Ce livre de près de 500 pages, Compositrices : L’égalité en acte, rédigé par vingt-huit auteurs et rassemblant entre autres les portraits de cinquante-trois compositrices en activité, est un pas important dans la reconnaissance des femmes artistes.

Il représente la suite nécessaire au précédent ouvrage publié également par le Cdmc et les éditions MF, La mémoire en acte, 40 ans de création musicale, paru en 2017. Et pourtant, il reste tant à faire ! Les chiffres qui apparaissent au fil des articles de la première partie Penser l’égalité en donnent la mesure. Rappelons-en ici seulement quelques-uns : Laure Marcel-Berlioz indique qu’on trouve seulement 10 % de femmes dans le catalogue du (CDMC), qui offre une vision objective de la création musicale en France, face par exemple aux 45 % de compositeurs étrangers se produisant chez nous. David Verdier, un des auteurs de l’ouvrage, rappelle qu’« aucune femme ne dirige les vingt-quatre orchestres labellisés » en France et « qu’elles ne constituent seulement que 1 % des compositeurs, 4 % des chefs d’orchestre, 5 % des librettistes, 21 % des auteurs, 23 % des solistes instrumentaux et 27 % des metteurs en scène ». Pour qui souhaite de nombreux détails, Claire Fonvieille propose l’actualisation d’une dense communication de la sociologue et musicologue Hyacinte Ravet sur la situation des compositrices aujourd’hui.

Dans un remarquable article historique, Florence Launay, autre pionnière de la recherche dans ce domaine, explique les raisons de « l’occultation des compositrices dans l’histoire de la musique ». L’une d’entre elles est la naissance de la musicologie en Allemagne à la toute fin du XIXe siècle. Cette entreprise exclusivement masculine a commencé sa tâche en alignant les noms de « grands compositeurs » considérés comme des génies, tous hommes (et tous germaniques, soit-dit en passant). La reconnaissance alors en cours des compositrices en France a été immédiatement balayée pour un siècle par l’emprise de cette nouvelle discipline.

En revanche, la révolution électroacoustique a pu contribuer à favoriser l’émergence de femmes sur un terrain encore vierge, comme l’évoque dans son article sur Le féminin au pluriel, indiquant que « cet élan a suscité de nombreuses vocations féminines. » Pour preuve, multiples compositrices appartenant à cet univers sont sélectionnées dans l’ouvrage, parmi lesquelles , Éliane Radigue, , , Annette Vande Gorne, , , Lucie Prod’homme ou . Cependant, comme le rappelle notre consoeur Michèle Tosi dans son article synthétique L’électroacoustique au féminin, même au cœur de cette « terra incognita », les vieux réflexes sont restés intacts et la présence fascinante du gourou « n’évitait ni l’attitude autoritaire ni la discrimination par le sexe ».

Beaucoup d’autres articles mériteraient qu’on s’y arrête, comme la passionnante évocation des Sutartines en Lituanie par Vita Gruodyté, héritage unique de la « musique des sorcières » éradiquée partout ailleurs ; l’interview de la cheffe Susanna Mälkki par David Verdier ; l’analyse par Viviane Waschbüsch des effets dévalorisants de la presse sur les compositrices au travers de l’exemple de (il y a tant de réflexes conditionnés à changer en nous tous), etc. Il conviendrait également de citer chacune des cinquante-trois compositrices dont les portraits constituent la deuxième partie du livre, Les compositrices à l’œuvre, pourtant une goutte d’eau dans ce qu’il reste à faire. Le lecteur y trouvera des personnalités artistiques aussi variées que , , , , , , , , Édith Canat de Chizy, , , ou . La diversité des esthétiques et la richesse des propos de toutes ces femmes ne sont qu’une preuve supplémentaire de la tâche gigantesque qui incombe à tous, mélomanes, professeurs, élèves, musiciens, musicologues, programmateurs et politiques pour faire avancer cette question cruciale de l’égalité.