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Un intrigant Macbeth à l’Opéra de Limoges

Après des redécouvertes à succès comme la Ville Morte de Korngold en janvier dernier, l’Opéra de Limoges revient au grand répertoire en reprenant la production du Macbeth de Verdi montée par à l’Opéra de Bordeaux en 2012. Mais c’est davantage l’intrigante distribution qui excite le mélomane en mal de sensations fortes. 

La mise en scène de avait divisé dès ses premières représentations à l’Opéra de Bordeaux en 2012 entre ceux qui critiquaient un côté grandguignolesque et ceux qui au contraire louaient son réalisme. Le temps passant, et après la mort du metteur en scène, – qui en signe les reprises – l’a fait évoluer en fonction des interprètes, de leurs tempéraments et propositions. Reste un travail d’une grande lisibilité, qui colle au livret et qui est parsemé de bonnes idées comme l’omniprésence des sorcières qui tirent les fils de ces marionnettes shakespeariennes (ce sont elles notamment qui donnent la lettre de Macbeth à son épouse, toujours elles qui tiennent l’épée vengeresse de Macduff, etc). On pourra évidemment s’amuser d’une forme de fantasmagorie naïve et « premier degré » qui aboutit notamment à voir des peluches de chats sacrifiées par les sorcières pour le Sabbat mais tout cela reste cohérent et conforme à l’atmosphère décrite par la musique.

Et puis ce drame et ce premier degré sont ici parfaitement appuyés par une distribution au diapason, à commencer par la lady Macbeth d’. La soprano, qui a tout chanté et dans tous les répertoires, fait partie de ces artistes clivants qui irritent autant qu’ils fascinent. Cette prestation, digne des meilleures « montagnes russes », ne fera qu’accentuer cette impression et alimentera les disputes entres mélomanes. Commençons par ce qui interroge : dès le « Vieni t’affretta » on est frappé par une ligne de chant abrupte et par une voix qui passe sans nuances de graves très poitrinés aux aigus les plus agressifs avec un registre médian plutôt discret, le tout agrémenté d’un vibrato assez envahissant. Le Brindisi expose malgré tout une technique belcantiste certaine et la soprano vocalise plutôt bien mais une tendance à chanter exclusivement forte prive le « La Luce Langue » de ses couleurs crépusculaires et la scène de somnambulisme n’en n’est plus une tant la chanteuse semble être parfaitement éveillée dans un expressionnisme hors style (respirations et autres sanglots accentués) qui confine à l’histrionisme. Seulement voilà, il faut bien reconnaître que cette approche primaire qui se moque du bon ou du mauvais goût, a aussi des effets très positifs car on reste fasciné par la dimension de tragédienne « no limit » de la soprano, par sa liberté et par l’autorité qui se dégage de son chant mordant, aux aigus dardés, toujours captivant, pour ne pas dire hypnotique. Tant est si bien que lorsqu’elle quitte la scène, on ne peut s’empêcher d’attendre son retour pour connaître les surprises qu’elle nous réserve pour la suite de sa partition dans un rôle où, malgré tout, la joliesse n’a pas sa place. Qu’aurait pensé Verdi de cette prestation impressionnante et singulière ? On ne le saura jamais mais il n’est pas impossible qu’il ait pu apprécier.

Face à cette déflagration, le Macbeth d’ semble écrasé. C’est naturellement voulu, comme souvent dans les mises en scène de cet opéra. Se réservant sans doute pour la deuxième partie de la soirée, le chant du baryton semble au départ un peu en retrait. Les aigus sonnent un peu étriqués et la ligne de chant dans le premier acte est parfois malmenée. Mais tout cela disparaît rapidement et l’on retrouve les qualités habituelles de ce baryton au timbre de miel avec une belle gestion du souffle et un phrasé très travaillé qui dessine le portrait d’un Macbeth manipulé puis épuisé et désabusé d’avoir trop écouté ses bas instincts. Une prestation sobre et de belle tenue qui emporte définitivement l’adhésion dans le très bel air final.

Le Banco de est une belle surprise tant cette voix de basse ample et magnifiquement timbrée impressionne par sa justesse et son expressivité. Macduff n’a qu’un air mais il emporte souvent la mise. Las, la voix un peu engorgée de – dont c’était la première prestation en Europe – n’est pas des plus séduisantes. Toutefois attentif au phrasé et au texte, il émeut dans son air du IV et le ténor n’est pas dénué de charisme.

Pour compléter la distribution, soulignons le Malcolm « grand luxe » de au timbre toujours aussi séduisant et la très belle prestation de , suivante de Lady Macbeth au style indéniable et à la technique prometteuse.

Enfin, saluons le magnifique Chœur de l’Opéra de Limoges et notamment des sorcières omniprésentes qui, dès le départ, frappent par leur caractérisation très contrastée entre imprécation, sarcasmes et espièglerie au moyen d’un travail sur l’émission franchement remarquable. À la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Limoges, oscille entre sécheresse et ampleur du son et varie les tempi pour imprimer une belle tension dans cette partition charnière dans l’œuvre de Verdi, à cheval entre le bel canto de Donizetti et les œuvres plus tardives du maître à la recherche de la vérité dramatique.

Crédits photographiques : © Steve Barek