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L’Amour des trois oranges à Stuttgart, un conte irrésistible

Opéra sans rôle à star, l’œuvre de Prokofiev a d’abord besoin d’une troupe forte et unie : mission accomplie.

L’amour des trois oranges, voilà bien un opéra que les amateurs de perruques poudrées et de robes à panier ne pourront pas revendiquer ! Pour son premier travail à Stuttgart, laisse libre cours à son imagination et mélange gaiement au moins trois niveaux de lecture : la quête du prince est le thème d’un jeu vidéo, mais ce jeu vidéo lui-même n’est qu’un spectacle de théâtre que tente de monter une équipe très divisée. Ou peut-être est-ce l’inverse ? L’esthétique du jeu vidéo version 1993 n’est pas prise par Ranisch comme le comble de la modernité, mais au contraire comme une préhistoire dont on se souvient avec amusement et nostalgie, ce qui est la matière idéale de l’imagination. C’est un enfant qui y joue, un jeune garçon qui s’y plonge un peu trop au goût de son père – le conflit reflète évidemment celui de l’opéra, mais ce n’est pas en prince qu’il se rêve : seuls les méchants sont attirants, c’est bien connu, et c’est en Farfarello qu’il s’inscrit dans les aventures que raconte l’opéra.

Ranisch, comme à son habitude, travaille soigneusement à faire de ses personnages plus que des silhouettes, ce qui est particulièrement méritoire ici ; la plus réussie est l’extraordinaire Clarice de , qui joue des voiles de son costume et de ses graves poitrinés sans complexe pour incarner une ambitieuse à la fois machiavélique et sérieusement allumée ; son allié (Léandre) fait lui aussi des merveilles dans un genre plus pince-sans-rire. Au sein des forces du bien, c’est d’abord la basse généreuse de , en roi et en héraut, qui se fait remarquer, mais le duo formé par le prince et son valet Truffaldino est très efficace également – le fait que Daniel et soient frères ne peut pas nuire.

C’est en réalité l’ensemble de la distribution qui offre au public un travail de troupe comme l’Opéra de Stuttgart sait en produire, et la direction percutante et pleine d’humour d’ vient parachever un spectacle qui se hausse pleinement à la hauteur de ce diable de Prokofiev.

Crédits photographiques : © Matthias Baus