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L’intégrale des enregistrements de Robert Casadesus pour Columbia

Sony réunit dans un coffret la totalité des enregistrements de pour Columbia, réalisés de 1940 à 1969, et enrichis d’un bouquet de gravures d’œuvres néclassiques pour piano seul qu’il a composées, interprétées par son épouse Gaby, leur fils Jean et Cor de Groot.

fut un vrai aristocrate de son instrument. Sur les photos, on le voit bien habillé et, souvent, avec une pipe dans la bouche. Cette distinction de tenue se conjuguait à une grandeur d’esprit, perceptible dans ses prestations. Celles-ci allient, en général, élégance et brio. Puis, par la mise en valeur du côté vocal de la ligne mélodique, tout autant que le raffinement d’un toucher aussi profond et perlé que sensible. En outre, elles se caractérisent par une large palette des nuances et des demi-teintes (dosée parfois avec sècheresse et « en noir et blanc », comme pour les Préludes de Debussy), une précision du doigté et une sorte d’objectivité. Par celle-ci, on entend la fidélité au texte de la partition et le refus de maniérisme dans le choix du tempo.

Même si certains contestataires du jeu de Robert Casadesus diraient qu’il aimait avoir tout prévu, force est de constater que, de temps à autre, son expression révèle un emportement et un enfièvrement plus ou moins éphémères, comme par exemple dans la cadence clôturant le premier mouvement du Concerto pour piano et orchestre 3 en ut mineur de Beethoven, proposé en concert le 23 février 1957, en compagnie du dirigé par . Pareillement pour le deuxième mouvement du Concerto pour piano 20 en ré mineur K. 466, joué avec le sous la direction impétueuse (écoutez le début du finale) de , dans un enregistrement studio du 10 novembre 1956. Dans cette optique, affirmer que son jeu est froid, comme d’aucuns voudraient le voir, témoigne de la méconnaissance de son style, pénétré de subtilité et de sincérité. En revanche, on pourrait éventuellement lui reprocher l’inflexibilité de la conception interprétative, dans le sens où celle-ci ne change pas tellement pour les différentes lectures disponibles des mêmes morceaux, ou, tout au moins, pas assez. Pour en donner un exemple, comparons une gravure de studio de 1950 et un enregistrement live de 1960 des quatre Ballades de Chopin, pour lesquelles la durée de chacune d’elles est presque identique. Sous les doigts de Casadesus, ces Ballades sont majestueuses et manifestent le sens du panache, mais aussi de l’empressement (comme dans les climax de la Ballade en la bémol majeur op. 47) et de la lourdeur (dans les derniers accords de l’exécution postérieure de la Ballade en fa mineur op. 52). Sinon, avouons-le, cette hâte marque le jeu de Casadesus au sceau de la spontanéité. Pour ce qui est des autres compositions pour piano seul présentes de cette parution, évoquons ses Scarlatti, de même que ses interprétations de la musique française, avec un accent mis sur les Debussy et les Ravel, marmoréens et monumentaux, et, toutefois, exempts de pathos.

Dans ce coffret, englobant de nombreux inédits en CD, nous trouverons aussi bien des gravures réalisées en studio que des captations d’apparitions publiques de Robert Casadesus, en mono et stéréo. Outre un vaste éventail d’œuvres pour piano seul et de concertos, cette édition renferme deux récitals de mélodies et une délicieuse sélection de musique de chambre : particulièrement des pages pour piano à quatre mains et pour deux pianos, présentées avec Gaby Casadesus, ou pour piano et violon. Celles-ci se voient données en compagnie de , avec qui il formait un duo de choix. Nous sommes impressionnés par leurs interprétations des sonates de Franck, Fauré et Debussy, de même que par leurs Beethoven, pour lesquelles on admire la souplesse d’un archet vibrant d’émotions et rayonnant de poésie du violoniste, ainsi qu’un jeu évocateur et suggestif de la part de Casadesus.

Pour les compositions pour piano et orchestre, retenons de cette publication, sans diminuer la valeur des autres gravures (peut-être à l’exception des Bach qui ont vieilli), douze enregistrements des Concertos de Mozart exécutés sous la baguette de à la tête du ou du  : n° 12, 15, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 24 (deux lectures, de 1954 et 1961), 26 et 27. Or, Szell nous fait percevoir, comme aucun autre chef dans ce répertoire et à cette époque, le relief de l’accompagnement orchestral avec plasticité et diversité des couleurs. On se délecte d’une douceur satinée des cordes et, de temps à autre, de la mise en valeur de la petite et de la grande harmonie. Cette entente cordiale nous procure un Mozart riche en vitamines, chantant, dynamique et lumineux. Puis, un Mozart marqué par des contrastes et des ambiguïtés : tantôt léger, placide et brillant, tantôt nostalgique et empreint de gravité. Finalement, un Mozart qui se teinte d’une multitude d’ambiances, comme dans le mouvement central du Concerto pour piano n° 22 en mi bémol majeur K. 482.

Reprenant les pochettes d’origine, ce coffret ne manque pas de nous faire découvrir une pleine poignée de raretés discographiques, comme la Symphonie sur un chant montagnard français op. 25 de d’Indy, proposée en compagnie du dirigé par , pour laquelle, dans le 2e mouvement, Casadesus s’efforce de varier les nuances autant que possible. Ensuite, pour plus d’exemples, mentionnons la Ballade en fa dièse majeur op. 19 de Fauré, interprétée aux côtés de la même phalange new-yorkaise sous la direction théâtrale de , ainsi que le Bal martiniquais op. 249 pour deux pianos de Milhaud et Une semaine de petit elfe Ferme-l’œil op. 58 pour piano à quatre mains de , donnés avec Gaby Casadesus.

En ce qui concerne les enregistrements de Gaby et de Jean Casadesus réalisés sans la participation de Robert, on notera que ce coffret reprend le matériel originellement publié par d’autres labels : RCA Red Seal, Odyssey, Columbia Special Products et Columbia Multi-Artist Masterworks Compilations. Les reports ont été effectués par plusieurs équipes depuis les meilleures sources disponibles, soit des disques 78 tours et des bandes magnétiques. Pour les transferts et la numérisation des ceux-ci, le son des CD présente un léger souffle audible en fond. Le tout se voit complété par un livret de 188 pages, agrémenté d’un essai d’Olivier Bellamy et de nombreuses photos, et spécifiant en détails les dates des gravures, parfois incertaines. Dans cette perspective, on ne se soucie pas des quelques erreurs de minutage que nous y avons détectées.

Signalons que, ces derniers mois, les firmes ICA Classics et Profil Medien ont également consacré des publications à ce pianiste.

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