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Hamlet très bien servi pour l’inauguration de la saison lyrique nantaise

Cette nouvelle production de Hamlet, fruit de la collaboration d’Angers Nantes Opéra et de l’Opéra de Rennes, témoigne de l’exigence artistique constante des deux scènes du Grand Ouest mais aussi de la vitalité et des qualités orchestrales rares du chef-d’œuvre lyrique d’.


« Il y a deux espèces de musique, la bonne et la mauvaise. Et puis il y a la musique d’ ». La boutade d’Emmanuel Chabrier ne nous a jamais paru aussi injustifiée que pour cette production nantaise. Sous la baguette passionnée et inspirée de , lauréat du concours international des chefs d’orchestre d’opéra organisé en 2017 par l’Opéra Royal de Wallonie, Hamlet s’inscrit incontestablement parmi les pépites de l’opéra français du XIXe siècle. La mise en place est minutieuse, laissant s’épanouir de délicats solos instrumentaux, mettant en valeur chaque audace d’orchestration et libérant un orchestre une nouvelle fois irréprochable dans d’impressionnants crescendos. Cette lecture gourmande profite également au chœur dont la plénitude sonore l’emporte cependant parfois sur le souci de diction.

La diction est justement le premier atout d’une distribution vocale entièrement francophone. Deux distributions alternent dans les rôles principaux : à Kevin Greenlaw et Marie-Eve Munger succèdent en effet pour cette représentation et . Le premier nommé, remarqué ici-même dans Eugène Onéguine, use de sa stature physique et d’une voix saine et puissante pour camper un Hamlet tout d’une pièce, torturé à l’extrême. La soprano québécoise, récente Fée dans Cendrillon, réalise quant à elle des merveilles de musicalité et de délicatesse. Le timbre est toujours aussi frais et fruité, la virtuosité exemplaire et le suraigu facile. La scène de la folie, traitée avec un grand tact par le metteur en scène, constitue le sommet attendu.

, en grande voix, campe un Claudius très convaincant tour à tour autoritaire et tourmenté. prête sa haute silhouette à une Gertrude inhabituellement jeune et provocatrice, dont on peine à croire qu’elle soit la mère d’Hamlet. Légèrement tendue en début de représentation, elle trouve dans sa scène avec Hamlet au troisième acte l’occasion d’exprimer son tempérament dramatique et de mettre en valeur les couleurs chatoyantes de son timbre. campe un Laërte de très bonne école dont on regrette qu’il n’ait davantage à chanter, tandis que l’amplification de la voix du spectre ne masque pas l’absence de profondeur sépulcrale dans la voix de , confronté notamment au souvenir de Patrick Bolleire à Marseille.

La mise en scène de se caractérise par son économie de moyens scéniques, dans un dispositif isolant Hamlet, constamment présent en scène sauf au quatrième acte, d’un arrière-plan accueillant les scènes publiques. C’est en effet à une plongée dans l’esprit tourmenté du prince du Danemark que nous invite le réalisateur, en s’appuyant sur un travail d’acteur bien réglé, une constante intelligence de l’instant et un joli sens de l’image. De la belle ouvrage pour un spectacle très réussi.

Crédits photographiques : (Hamlet) © Jean-Marie Jagu

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