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Cendrillon à Nantes : un vrai conte de fées

La Scène, Opéra, Opéras

Nantes. Théâtre Graslin. 25-XI-2018. Jules Massenet (1842-1912) : Cendrillon, conte de fées en 4 actes sur un livret de Henri Cain. Mise en scène, décors, costumes ; lumières : Ezio Toffolutti. Avec : Rinat Shaham, Cendrillon ; Julie Robard-Gendre, le Prince ; François Le Roux, Pandolphe ; Rosalind Plowright, Madame de la Haltière ; Marianne Lambert, la Fée ; Marie-Bénédicte Souquet, Noémie ; Agathe de Courcy, Dorothée ; Vincent Ordonneau, le Doyen de la faculté ; Olivier Naveau, le Roi. Chœur d’Angers Nantes Opéra (direction : Xavier Ribes), Orchestre National des Pays de la Loire, direction : Claude Schnitzler

46730554_10156493855835358_4780983441573281792_oMême s’il n’est pas l’ouvrage de Massenet le plus représenté sur les scènes françaises, Cendrillon a été particulièrement bien servi ces dernières années avec les productions inventives et réjouissantes de Benjamin Lazar à l’Opéra Comique en 2011 ou de Laurent Pelly à Lille en 2012 ; celle d’ lance véritablement le mandat d’Alain Surrans à la tête d’Angers Nantes Opéra.

Dans un astucieux dispositif scénique, livre une lecture à la fois fidèle et cocasse du conte de fées mis en musique par Massenet. Ce sont précisément les interventions de la Fée qui ont semblé le plus l’inspirer avec un traitement d’une grande poésie, rehaussé par de subtils éclairages, qui introduit une atmosphère envoûtante. Le personnage apparaît comme un véritable Deus ex machina qui dirige la représentation au point d’apparaître dans la fosse pour le final et de prendre la direction de l’orchestre pour les dernières mesures. La Québécoise , découverte il y a quelques saisons à l’Opéra de Rennes dans Ô mon bel inconnu de Reynaldo Hahn, se joue de toutes les acrobaties vocales du rôle avec un charme et une virtuosité indéniables et participe à la magie de ces scènes. Nous avons en revanche moins été séduits par la chorégraphie un peu hétéroclite d’Ambra Senatore.

Le versant comique de l’ouvrage est servi par qui en fait des tonnes en Madame de la Haltière mais stylistiquement n’est pas davantage à sa place ici que dans Dialogues des Carmélites au Théâtre des Champs-Élysées. De plus, la voix s’éparpille entre un aigu trémulant et un grave artificiellement appuyé. Elle est flanquée de deux filles insupportables et ridicules comme le demande l’ouvrage. Plus complexe est le personnage de Pandolphe, d’abord pitoyable dans sa résignation puis admirable d’amour paternel. Il est subtilement servi par qui reste un modèle de diction, de style français et d’intelligence musicale en dépit de l’usure des moyens.

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Ezio Toffolutti décrit à la perfection les tourments des deux personnages principaux, l’émotion de la rencontre puis le désespoir partagé. , déjà appréciée à Nantes dans Don Giovanni puis Orfeo, aborde le rôle titre avec un instrument des plus séduisants et une énorme musicalité. Elle est bouleversante dans « Reste au foyer, petit grillon«  puis tout au long du troisième acte. De plus, sa voix s’harmonise très bien avec celle, aux couleurs plus fauves, de qui s’investit dans le rôle du Prince avec une fougue peu commune mais dont le chant reste admirablement contrôlé. L’efficacité de leur duo participe largement au succès d’un spectacle particulièrement roboratif, parfait dans un contexte de fin d’année.

dirigeait déjà les représentations lilloises de l’ouvrage. Il a choisi cette fois des tempi plus modérés pour favoriser l’intelligibilité du texte. Sa lecture, cohérente et fluide, soutient admirablement les chanteurs et permet à tous les pupitres d’un , comme toujours en grande forme, de se mettre en valeur. Elle a surtout le mérite de souligner les charmes incontestables d’un ouvrage où le rire et l’émotion s’entremêlent avec une rare subtilité.

Crédit photographique : © (Cendrillon) (la Fée) © Jean-Marie Jagu

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