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Tout doit disparaître : une rétrospective Decouflé festive à Chaillot

Un vent de nostalgie souffle sur la danse française. Après le CND ou le Centre Georges Pompidou, le Théâtre national de la danse de Chaillot s’intéresse lui aussi au répertoire chorégraphique des années 1980 à 2000. Le lieu a donné carte blanche à pour une joyeuse rétrospective intitulée Tout doit disparaître.

C’était il y a longtemps, dans les années 80. , ancien élève de et Alwin Nikolaïs, créé sa compagnie DCA en 1983 à Bagnolet et gagne coup sur coup le premier prix de chorégraphie du concours de Bagnolet et celui du ministère de la Culture. Sa carrière de chorégraphe est lancée ! Dans ces flamboyantes années 80, où Jean-Paul Goude et influencent l’esthétique de la publicité et de la mode, Philippe Decouflé, avec ses pièces ludiques et colorées, séduit très vite un large public. Clips, films publicitaires et spectacles le font connaître, jusqu’au triomphe de la Danse des sabots pour le bicentenaire de la Révolution Française en 1989, qui lui vaut d’être choisi pour concevoir les spectacles d’ouverture et de clôture des JO d’Albertville en 1992.

Mais Philippe Decouflé poursuit aussi avec sa compagnie DCA, qui s’installe à La Chaufferie à Saint-Denis en 1993, un travail de recherche chorégraphique exigeant et poétique, inspiré des arts du cirque et des arts visuels. Son goût pour les illusions d’optique, l’acrobatie, le burlesque fait merveille dans les spectacles Petites pièces montées, Decodex, Shazam, Triton, Iris, Solo ou Sombrero, puis plus récemment Coeurs croisés, Octopus, Contact ou Wiebo.

C’est à une plongée festive et débridée dans ces années fertiles que la compagnie nous convie à travers cette rétrospective Tout doit disparaître. Le Théâtre de Chaillot tout entier, depuis la salle Gémier jusqu’au grand escalier, en passant par l’escalator, le foyer, la salle Jean Vilar ou la galerie des Nabis, s’est transformé en village Decouflé. On y trouve un cinéma permanent, qui diffuse en continu d’anciens films de la compagnie, un studio d’enregistrement de la Radio Folle de Chaillot, dont les invités VIP ne sont autres que le duo Grand Magasin, mais aussi des buvettes, un magasin ou un guichet d’accueil. De temps à autre, des machines étranges, les Opticon, permettent de jouer avec son image avec l’aide d’effets très spéciaux. Un dispositif ludique que Philippe Decouflé avait déjà proposé à la Grande Halle de La Villette lors de son exposition Opticon en 2012, en complément de sa (déjà) rétrospective Panorama, pour ses trente ans de chorégraphies.


Philippe Decouflé a en effet l’habitude de pratiquer à intervalles réguliers une forme d’archéologie chorégraphique, comme il le fait encore aujourd’hui pour Tout doit disparaître. Pour remonter des pièces parfois totalement disparues, comme Tranche de cake, créé en 1984, il a dû faire appel à la mémoire d’anciens danseurs ou d’anciens collaborateurs de la compagnie, ce qui donne lieu à une émouvante séquence avec en choréologue improvisé. De même, lorsqu’il interprète lui-même sur scène avec le duo Le P’tit Bal, qui avait donné lieu en 1993 à un célèbre court-métrage, plébiscité dans le monde entier. Les années ont passé, les corps ne sont plus les mêmes. Avant que les témoins de ces années fastes ne disparaissent – et alors que beaucoup d’entre eux sont déjà partis, comme en témoigne le Totem aux disparus de la compagnie – il est indispensable d’enregistrer leur mémoire et de passer le flambeau de ce répertoire aux plus jeunes générations.

C’est bien le projet poursuivi par Philippe Decouflé qui a transmis à vingt-quatre jeunes danseurs de l’Ensemble chorégraphique du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, sous la direction de , une partie de son vaste et foisonnant répertoire, composé de pièces longues ou courtes. Elles sont ici continuellement recomposées et revisitées, dans une formule qui oscille joyeusement entre le carnaval et le cabaret, pour le plus grand bonheur du public venu nombreux à Chaillot.

Crédits photographiques : © Sigrid Colomyes