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Une Flûte Enchantée à prendre au premier degré à Marseille

est un touche-à-tout. Metteur en scène d’opéra, homme de théâtre, spécialiste de bande dessinée, il met un peu de tout cela dans cette production de La Flûte Enchantée, dans laquelle on ressent, malgré les notes d’intentions, assez peu de références à l’humanisme.


Le cadre du premier acte représente en fond un décor de pierres brutes percées de quelques ouvertures, et celui du second un enchevêtrement de cordes, de portes et d’escaliers. Les costumes, pas spécialement seyants, surtout en ce qui concerne ceux de la Reine de la nuit et de ses suivantes, font la différence entre les forces du bien et celles du mal par des sortes de tabliers constellés d’étoiles d’or pour les uns, d’argent pour les autres. Plus difficile à appréhender sur le plan symbolique sont les vestes blanches ou noires que chacun s’échange au dernier tableau, dans un geste de concorde générale. Quelques symboles maçonniques s’affichent rarement sur les accessoires.

Là où imprime sa marque, c’est tout d’abord dans la représentation des trois garçons, vêtus à chacune de leurs entrées de costumes différents, faisant référence à l’univers de la BD ou de la culture jeunesse toutes générations confondues : Schtroumpf, Tintin, Lucky Luke, Marsupilami, Corto Maltese, mais aussi Harry Potter, Sangoku, Batman ou le Petit prince. Cela devient un amusement de les identifier ! Ensuite, il impose un jeu d’acteur au cordeau à sa troupe. Là où le bât blesse c’est paradoxalement dans sa trop grande connaissance de l’œuvre, qu’il a monté plusieurs fois : les tenants et les aboutissants lui sont tellement naturels qu’il ne se donne plus la peine de les flécher à des néophytes. Par exemple, Papageno est plus décrit comme un prestidigitateur que comme un oiseleur (il a fallu lire le programme de salle pour comprendre que son chapeau est une cage à oiseaux, et on n’avait pas remarqué non plus que son pantalon était constellé du logo bleu de Twitter). Il tire des foulards colorés de ses poings, et son fameux glockenspiel est une baguette magique. Les novices ont dès lors eu probablement du mal à saisir pourquoi il manipule des œufs en évoquant ses futurs enfants avec Papagena.

est un Tamino sensible et bien chantant, avec une prononciation quasi-vernaculaire de l’allemand (les dialogues parlés ont été conservés en totalité) et – adorable dans son sari doré – une Pamina lumineuse, dont on comprend qu’on puisse en tomber amoureux au premier regard. Déception en revanche pour la Reine de la nuit de , cantatrice qu’en règle générale on aime beaucoup, mais dans le cas présent, même si les redoutables vocalises sont d’une belle netteté, si les hyper-aigus sont atteints – mais un peu écourtés – le personnage semble bien extérieur, et on a souvent l’impression que l’orchestre lui court après pour la rejoindre.

est un Papageno vocalement irréprochable, mais qui gagnerait en présence scénique en travaillant sa vis comica. Sa Papagena, , possède une voix trop lourde pour ce rôle, et déséquilibre leur duo. est un imposant Sarastro, qui maîtrise la tessiture sur toute sa longueur. On décerne une mention spéciale au parfait Monostatos de , au timbre idéal et à la gestuelle hilarante.

Les trois garçons chantent juste, ce qui n’est pas si fréquent. Dans les seconds rôles, , , , , et sont impeccables. La direction de nous a semblé moins nette que d’ordinaire, avec de nombreux micro-décalages.

Beaucoup d’enfants étaient présents dans la salle, sages et concentrés, et semblaient y prendre beaucoup de plaisir. Voilà, pour apprécier à sa juste valeur cette Zauberflöte, il fallait retrouver son âme d’enfant ! Nous avons assisté plutôt à un conte de fées au premier degré, bien raconté, et cela suffit à sortir de la représentation en sifflotant, le sourire aux lèvres.

Crédit photographique : © Christian Dresse