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À Toulouse, Marc Bleuse met L’Annonce faite à Marie en opéra

L’Annonce faite à Marie, premier opéra de d’après le drame de , est l’aboutissement dense et émouvant d’un projet qui remonte à la jeunesse du compositeur. Sa création avait lieu à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines, salle qu’il a lui-même créée lorsqu’il dirigeait le Conservatoire de Toulouse.


Si la première pièce de , remaniée en plusieurs versions successives aura occupé son auteur pendant cinquante ans, il en aura fallu soixante-cinq à pour imaginer et parachever sa mise en musique. En effet, il découvrit et se prit de passion pour ce texte exaltant à l’âge de dix-sept ans à la comédie de Saint-Etienne. Il composa toujours, mais ses activités de pédagogue, puis administratives à la direction de la musique au ministère de Culture et à l’élaboration de la Cité de la musique prirent longtemps le dessus. Ce n’est qu’à la retraite qu’il put reprendre ce projet, grâce à une commande du théâtre du Capitole de Toulouse, projet sur lequel il aura passé plus de trois ans. Et le résultat est des plus enthousiasmants, donnant une réalité musicale à ce que Claudel voyait comme un « opéra de paroles », après une première tentative opératique de Renzo Rossellini en 1970.

Marc Bleuse a confié l’adaptation du texte à , qui a conservé la structure de ce mystère en quatre actes et un prologue, en s’efforçant de restituer non seulement la puissance dramatique de Claudel, mais aussi et surtout sa poésie et son élévation spirituelle. Il a également réalisé la mise en scène, tirant parti au mieux du bel et vaste espace de l’ancienne église Saint-Pierre des Cuisines avec l’imposant orchestre à gauche, laissant le vaste plateau pour le jeu et les évolutions des chanteurs-acteurs.

L’argument met en scène des personnages absolus, d’une grande droiture et d’une profonde humanité, comme Claudel aimait à les façonner. Au XVᵉ siècle, dans un Moyen-Âge de convention, au moment de partir en pèlerinage en Terre Sainte, Anne Vercors promet sa fille Violaine en mariage à Jacques Hury, qui veillera aux destinées du domaine de Combernon. Mais en prenant congé de l’architecte Pierre de Craon, atteint de la lèpre, Violaine lui donne un baiser, qui le guérira, alors qu’elle contracte la maladie. Remplie de jalousie, sa sœur Mara qui a tout vu, sème le trouble dans l’esprit de Jacques, qui chasse Violaine et épouse Mara. Gardant le silence, Violaine vit recluse au fond des bois, ayant perdu la vue. Sept ans plus tard, lors d’une nuit de Noël, Mara vient trouver sa sœur pour lui présenter son enfant morte. Violaine ressuscite l’enfant dont les yeux verts sont devenus bleus comme ceux disparus de Violaine. Cela augmente la jalousie et la haine de Mara, qui tente de tuer sa sœur en la précipitant dans une sablière. C’est là que revenant chez lui, le père trouve sa fille et la ramène mourante au domaine. Alors que Jacques, effondré découvre la vérité, Mara se justifie violemment et Violaine trouve la force de pardonner avant de mourir.

Une musique ambitieuse pour un effectif fourni

S’articulant autour du , augmenté d’une contrebasse, d’une flûte, d’une clarinette, le dispositif orchestral est rehaussé d’un impressionnant registre de percussions et des cuivres anciens des Sacqueboutiers (cornet à bouquin, 2 sacqueboutes, chalemie, doulciane), plus six voix féminines du chœur Antiphona et deux jeunes garçons de la maîtrise du conservatoire. L’ensemble est placé sous la direction, précise, énergique et efficace de , fils du compositeur, mais chef de talent, très apprécié des musiciens et des solistes.

Pour ce mystère qui l’accompagne depuis si longtemps, Marc Bleuse a composé une musique d’une grande richesse, d’une écriture fine, colorée, variée, poétique, voire pointilliste, aux rythmes complexes, selon un langage d’aujourd’hui, d’une grande difficulté d’exécution, mais saisissante à l’écoute. L’écriture vocale très claire mêle le chant lyrique comprenant différents airs, duos et ensembles et le langage parlé qui se rapproche du parlare cantando ou du Sprechgesang.

Autour du vétéran dans le rôle du père douloureusement partagé entre ses deux filles, la distribution vocale rassemble la fine fleur de ce que l’on peut appeler l’école de chant toulousaine. Avec une clarté et une pureté de timbre qu’on lui connaît depuis quelques années, dans une tessiture très haute, donne une force de conviction absolue et une belle profondeur au personnage de Violaine. Précisons que Marc Bleuse a composé le rôle pour sa voix. En contrepoint, le sens dramatique de la mezzo , au timbre cuivré, convient parfaitement au tempérament tourmenté de Mara. La projection puissante du baryton donne une solide présence à Pierre de Craon, tandis que la subtilité de souligne à souhait les méandres intérieurs de Jacques Hury.

Placé au fond de la chapelle gothique, le sextuor d’Antiphona interprète un prenant Salve Regina grégorien entre le IIe et IIIe acte, tandis que ce dernier s’ouvre sur des pièces de la Renaissance, cœur de répertoire des Sacqueboutiers, Gaillarde et Pavane Ferrarese, anonymes et Vive le Roy de Josquin des Prés précède la scène des paysans attendant le cortège mené par Jeanne d’Arc conduisant Charles VII à Reims pour y être sacré. Avec les acteurs incarnant ces truculents paysans, il faut mentionner dans le rôle parlé de la mère Elisabeth Vercors, ainsi que en moine récitant, qui résume et fait avancer l’action à la façon d’un coryphée.


La partition recèle aussi des surprises comme quelques phrases proclamées et chantées par le , ainsi que deux chansons traditionnelles interprétées par deux jeunes garçons de la maîtrise du conservatoire.

La scène finale de la mort de Violaine en odeur de sainteté présente une émouvante Piéta enchâssée dans un décor enluminé, tandis qu’au loin résonne un touchant Magnificat.

Cet opéra sacré d’une belle densité et d’une émotion continue constitue une œuvre totale, ambitieuse que l’on souhaite revoir sur d’autres scènes françaises, voire au-delà.

Crédits photographiques : © Patrice Nin ; Alain Huc de Vaubert

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