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La Passion selon Saint Luc de Penderecki en concert

Bel hommage au maître polonais disparu, la captation live de la Passion selon Saint Luc de , réalisée à Salzbourg durant le festival 2018, regarde vers les sommets, emmenée par l’immense à la tête de l’.

La ligne esthétique de Penderecki a opéré un tournant au milieu des années 60 où le compositeur abandonne sa position d’avant-garde pour regarder vers le passé et revenir à un langage plus conservateur. Créée le 30 mars 1966 à Münster en Allemagne, à l’occasion du 700ᵉ anniversaire de la cathédrale de la ville, la Passion selon Saint Luc se situe à l’orée de cette nouvelle manière, Penderecki renouant avec les grands modèles de l’histoire de la musique (les Passions de Bach présentement) et les codes de l’expressivité néo-romantique sans renier pour autant certaines techniques compositionnelles acquises dans sa première période (les grands déploiements aléatoires par exemple) et une pensée du timbre et des registres mise au service du texte, en latin pour le compositeur catholique. On est impressionné par l’efficacité dramatique des chœurs autant que de l’orchestre (augmenté de l’orgue et incluant deux saxophones) et la concision d’une écriture tout à la fois puissante et extrêmement rigoureuse qui éloigne le pathos. Une autre caractéristique, d’ordre structurel celle-là, est l’utilisation de deux séries dodécaphoniques dans leurs diverses présentations et la citation du motif B-A-C-H (les quatre dernières notes de la deuxième série) qui crypte l’écriture, conférant une unité au matériau et une stylisation singulière de la ligne mélodique.

La voix de l’évangéliste est confiée à un récitant/comédien, le Polonais Sławomir Holland qui donne couleur et relief au texte dit. Aux trois voix solistes, Penderecki confie de nombreux airs soutenus par l’orchestre, parfois très courts et souvent rejoints par le chœur (Deus meus) dans un flux dramatique qui tend à effacer le découpage en numéros. est un baryton lumineux, assumant avec une aisance superbe les inflexions expressives dans l’extrême aigu de sa tessiture. Soprano généreux, au spectre large et magnifiquement timbré, allie intensité expressive et souplesse de la voix souvent vocalisée (Domine quis habitabit). Matthewe Rose endosse le rôle des autres personnages de la Passion. Basse rayonnante, d’une impeccable clarté d’élocution, il est souvent confronté à la masse chorale et orchestrale qu’il domine souverainement. Maître en la matière, Penderecki donne une place centrale à l’écriture chorale (chœur d’enfant de Varsovie et trois chœurs mixtes de Cracovie excellemment préparés), lui confiant des pages superbes a cappella (Psalm) ou serties de percussions comme dans Passacaglia, la partie la plus développée mettant à l’œuvre tous les ressorts du timbre. L’écriture orchestrale n’est pas en reste, qui souligne le mouvement dramaturgique et contribue à la puissance expressive de l’ouvrage : salves des cuivres aux registres abyssaux, énergie de la percussion et textures mouvantes des cordes (Crux fidelis), plus sages certes que celles du Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima que Pendercki avait composé en 1960.

Maître d’œuvre hors norme, nous fait vivre de l’intérieur ce récit de la Passion, avec l’intensité et la ferveur qu’il sait transmettre, donnant dans cet instant du concert une version de référence d’un des chefs-d’œuvre du compositeur polonais.

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