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Richard Cœur de Lion : Hervé Niquet dépoussière Grétry

Après de remarquables versions d’Andromaque, de Raoul Barbe-Bleue, voici Richard Coeur de Lion. L’opéra le plus célèbre de Grétry semble avoir attendu Le Concert Spirituel d’Hervé Niquet pour son entrée discographique dans le XXIᵉ siècle.

« Je crains de lui parler la nuit… J’écoute tout ce qu’il me dit… Je sens mon cœur qui bat, qui bat… » De l’opéra-comique qu’ composa en 1784, l’amateur d’opéra ne connaît généralement que la prégnante mélancolie de ces quelques mots repris par Tchaïkovski dans sa Dame de pique, avec lesquels l’énigmatique Comtesse de Pouchkine ressuscite le passé révolu des derniers feux de la monarchie française. Sur le DVD qui complète le CD, fait de même dans le spectacle qu’il a mis en scène à Versailles en 2019. Replacer Richard Cœur de Lyon à l’époque de sa création (1784) plutôt que dans le Moyen-Age fantasmé de son argument, décors et costumes reproduisant au plus près le XVIIIᵉ pré-révolutionnaire, rappelle la position historique de Grétry, compositeur favori de Marie-Antoinette.

Au retour des croisades, Blondel, fidèle du Roi Richard, retrouve son souverain bien-aimé prisonnier dans la forteresse de Lints, et va tout mettre en œuvre pour sa libération. Comédie héroïque, badinage pastoral… bien que bref (1H15), il se passe beaucoup de choses au fil des trois actes de Richard Coeur de Lion : de conséquents dialogues parlés interrompus par 24 numéros musicaux d’une immédiate séduction. A l’instar du numéro 5, « Ô Richard, Ô mon roi », étincelle de la marche des révolutionnaires sur Versailles, les autres sont quasiment tous « chantables sous la douche ».

Bien que déclassée par le choc gluckiste, honnie par la purge révolutionnaire, la partition est à des coudées de certain Devin de village, autre engouement musical de Marie-Antoinette. Le tambour battant d’ fait merveille partout : il emporte dès l’Ouverture, porte haut la tempétueuse conclusion du I, cisèle la pré-beethovénienne Ronde de nuit du II, se gausse dans le trop bref « Et zic et zic et zic et zoc » paysan du III, en découd avec le fracas du Combat final. Captés par une prise de son harmonieusement équilibrée, solistes et Concert Spirituel font preuve de la plus ardente conviction dans la résurrection d’une partition de bout en bout attachante.

CD et DVD sont deux enregistrements distincts. La différence majeure concerne le rôle principal : au DVD , très séduisant Blondel, l’emporte d’un cheveu sur le timbre plus pointu d’ sur le CD. On retrouve sur les deux supports la Comtesse et l’Antonio en pleine santé de , la Laurette pétulante de , le Richard vraiment royal de , le Williams tonnant de , les triples incarnations de l’imposant , d’épatants comprimarii, toutes et tous, Chœur du Concert Spirituel compris, à la diction impeccable.

« Quand les bœufs vont deux à deux, le labourage en va mieux ». On imagine volontiers fredonnant cet immortel refrain de l’Acte III, lorsqu’au terme de saluts qui semblent ne jamais devoir finir, il apparaît « en majesté », tenant en laisse deux splendides représentants à poils de la race canine. Quand CD et DVD vont par deux, c’est Grétry qui va mieux.

Mis à jour le 30/12/2020

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