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Richard Cœur de Lion à Versailles : royal !

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Versailles. Opéra Royal. 13-X-2019. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1816) : Richard Cœur de Lion, opéra-comique en trois actes sur un livret de Michel-Jean Sedaine. Mise en scène : Marschall Pynkoski. Chorégraphie : Jeannette Lajeunesse Zingg. Décors : Antoine Fontaine. Costumes : Camille Assaf. Lumières : Hervé Gary. Régleuse de combats : Géraldine Moreau-Geoffrey. Avec : Rémy Mathieu, Blondel ; Reinoud Van Mechelen, Richard ; Melody Louledjian, Laurette ; Marie Perbost, Antonio, la Comtesse ; Geoffroy Buffière, Sir Williams ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Urbain, Florestan, Mathurin ; François Pardailhé, Guillot, Charles ; Cécile Achille, Madame Mathurin ; Charles Barbier, Sénéchal ; Agathe Boudet, Colette ; Virginie Lefèvre, Béatrix. Le Ballet de l’Opéra Royal. Le Concert spirituel, direction : Hervé Niquet

Dans une approche agréablement classique et une ambiance de cape et d’épée savoureusement désuète, Marschall Pynkoski et font revivre l’atmosphère versaillaise grâce à ce Richard Cœur de Lion.

4814-richard-coeur-de-lion-agathe-poupeney-2Même si l’ouvrage de Grétry est peu connu, Richard Cœur de Lion a déjà fait l’objet de deux enregistrements, l’un par l’Orchestre de chambre de la RTB sous la direction d’ dans les années 70, et l’autre sous la baguette de Fabio Neri à la tête de l’Orchestre dei Giovani del Conservatorio Claudio Monteverdi de Bolzano (Nuova Era, 1993). Plus proche de nous, une tentative avait été menée sur scène par Les Monts du Reuil l’année dernière.

Aujourd’hui, la première production intégrale de l’Opéra Royal de Versailles depuis 1789, dans une ambiance de cape et d’épée savoureusement désuète, prend un parti-pris pleinement assumé qu’on aimerait retrouver bien plus régulièrement sur les scènes lyriques actuelles. met de côté le contexte médiéval de l’intrigue qui inspirera bon nombre de musiciens romantiques, pour transposer la trame dans la période prérévolutionnaire ; un choix judicieux quand on connaît la portée politique de cet opéra-comique à la fin du XVIIIᵉ siècle.

En effet, les épisodes historiques agissent sur les productions artistiques, mais Richard Cœur de Lion a démontré aussi, un exemple parmi tant d’autres, qu’il était possible que certaines œuvres contribuent à l’Histoire, ici l’Histoire de France, comme le retrace le révolutionnaire Anacharsis Cloots : « Dans les premiers jours d’octobre 89, les milieux royalistes se ressaisissent, le régiment de Flandres est rappelé à Versailles. Les gardes du corps du Roi décident alors de donner un gala en son honneur au château de Versailles. Le dîner se transforme vite en manifestation contre-révolutionnaire. On y parle sans doute de marcher sur Paris. Les craintes et les hantises de l’opinion se cristallisent autour d’objets symboliques : des cocardes tricolores auraient été piétinées, des cocardes blanches arborées, l’air « O Richard, ô mon roi » exprimant la nostalgie de l’Ancien Régime. » Du point de vue royaliste, ce sera Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, qui sera la porte-parole de cette anecdote : « Les tables étaient dressées sur le théâtre ; on y avait placé alternativement un garde du corps et un officier du régiment de Flandres. Un orchestre nombreux était dans la salle, les loges étaient remplies de spectateurs. On jouait l’air « O Richard, ô mon roi. » Les cris « Vive le roi » retentirent dans la salle pendant plusieurs minutes. » Survient alors la famille royale : L’enthousiasme devient général, l’orchestre joua de nouveau au moment de l’arrivée de Louis Majesté, l’air que je viens de citer et de suite un air du Déserteur : « Peut-on affliger ce qu’on aime ? » qui fit beaucoup de sensations sur les spectateurs. » Tout cela pour dire que loin d’une proposition « facile », la mise en scène de est particulièrement solide et éclairée pour atteindre l’effet escompté : retrouver la magie versaillaise sans la dénaturer.

Emprisonné injustement par Léopold V d’Autriche après son retour de croisade, Richard Cœur de Lion peut compter sur la fidélité de son serviteur Blondel pour garder espoir. La rencontre de celui-ci, déguisé en troubadour aveugle afin de dissimuler sa véritable quête, et de Sir Williams et sa fille Laurette, oriente le héros de cette intrigue vers le château de Linz où est détenu en secret son roi. Grâce à un subterfuge mené de main de maître par le chevalier, la capture vigoureuse du geôlier Florestan par les gardes de la Comtesse Marguerite d’Artois, amoureuse du Roi Richard, rencontrée par chance, a pour heureuse conséquence la libération du souverain. Ainsi, pour gagner en crédibilité, les intrigues des pièces de l’opéra-comique de cette époque s’inspiraient le plus souvent de faits historiques réels. Côté musique, Richard Cœur de Lion est représentatif de la volonté de Grétry de faire fusionner la musique avec le drame : la romance, jouée tout d’abord par Blondel au violon à Marguerite puis à Richard, symbolise musicalement le nœud central de l’intrigue.

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Au centre de ce drame, (Blondel) manque un brin de projection, mais la clarté de son timbre et ses élans séducteurs ravissent les oreilles, exposant une direction d’acteurs tout aussi classique que les autres éléments du spectacle, rendant pleinement justice à une gestuelle scénique qui pourrait être qualifiée de old school si elle ne s’inscrivait dans cette logique. Le ténor détient une voix agile et une musicalité sans pareille afin de convaincre sans retenue.

De Richard, en a le charisme vocal tout autant que la prestance scénique. Malgré sa posture de prisonnier qui limite ses interventions, le ténor conquiert la salle par une soigneuse diction et un raffinement mélodique qu’un timbre corsé met en lumière.

Sans tomber dans la moindre mièvrerie, le chant de (Laurette) est empreint de finesse tout autant que de pureté, accompagné d’un père autoritaire mais quelque peu dépassé par les sentiments que sa fille lui procure, campant un Sir Williams affirmé autant vocalement que scéniquement, et d’un amant des plus élégants en la personne de qui interviendra dans une moindre mesure sous les traits de Urbain et Mathurin.

a la responsabilité de tenir le rôle du jeune Antonio, s’amusant certainement de passer d’un personnage de simple condition, qui détient pourtant les parties chantées les plus intéressantes, à celui de la Comtesse Marguerite parée de multiples apparats. La soprano le fait sans une once de stéréotypes, affirmant une fraîcheur impérieuse ou juvénile selon la position qu’elle tient.

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Ingénieusement chorégraphiés par Jeannette Lajeunesse Zingg, les ballets sont d’une parfaite cohérence classique avec les autres éléments de cette production, sublimés par la technicité sans faille des danseurs de l’Opéra de Versailles et par le naturel de leur insertion dans l’ouvrage. Les combats sont ainsi menés avec style, leur hardiesse rejaillissant par la manipulation d’énormes drapeaux de chaque camp, ceux-ci donnant toute sa splendeur à la libération du roi Richard quand ce dernier fait son apparition. Placé au centre de son Concert Spirituel, détient les clés pour rendre justice aux agréables mélodies de Grétry : la brillance de la fosse et le dynamisme combatif du chœur, la franchise permanente du jeu de l’orchestre, séductrice à point nommé, ou flamboyante lors des combats, sont les dernières pierres posées à cet admirable Richard Cœur de Lion.

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney

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Versailles. Opéra Royal. 13-X-2019. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1816) : Richard Cœur de Lion, opéra-comique en trois actes sur un livret de Michel-Jean Sedaine. Mise en scène : Marschall Pynkoski. Chorégraphie : Jeannette Lajeunesse Zingg. Décors : Antoine Fontaine. Costumes : Camille Assaf. Lumières : Hervé Gary. Régleuse de combats : Géraldine Moreau-Geoffrey. Avec : Rémy Mathieu, Blondel ; Reinoud Van Mechelen, Richard ; Melody Louledjian, Laurette ; Marie Perbost, Antonio, la Comtesse ; Geoffroy Buffière, Sir Williams ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Urbain, Florestan, Mathurin ; François Pardailhé, Guillot, Charles ; Cécile Achille, Madame Mathurin ; Charles Barbier, Sénéchal ; Agathe Boudet, Colette ; Virginie Lefèvre, Béatrix. Le Ballet de l’Opéra Royal. Le Concert spirituel, direction : Hervé Niquet

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