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Une Thaïs monégasque peu mémorable en replay

Ouvrage peu présent sur la scène lyrique actuelle, il n’est pas sûr que la Thaïs monegasque rende pleinement justice à la partition de Massenet. Mettons toutefois au crédit de l’Opéra de Monte-Carlo d’avoir proposé cette production avec un public, au milieu des restrictions sanitaires.


Le spectacle diffusé sur la nouvelle chaîne de télévision éphémère portée par France Télévision et son ministère de tutelle, a été joué en janvier dernier, en pleine pandémie et malgré les contraintes sanitaires, devant un public peu fourni mais enthousiaste au moment des saluts, surtout lorsque l’interprète du rôle-titre fait face aux spectateurs. a fait le choix d’assurer toutes les notes de sa partie, au détriment parfois de la qualité du son, ses aigus se font en effet stridents lorsqu’ils sont chantés fortissimo, alors que ces mezzo voce et le timbre de la soprano séduisent dans le médium et le grave. La ligne de chant est appréciable, la diction reste honorable, mais son chant manque d’étincelles pour porter avec justesse la passion et la sensualité de la prêtresse de Vénus, ainsi que toutes les évolutions qui composent le personnage.

Le rôle d’Athanaël correspond pour à une prise de rôle. Le chanteur pâtit d’une direction d’acteurs légère affaiblissant notablement la connexion avec sa partenaire. Un chant rigide caractérise la prestation du baryton, mais son timbre de velours, son legato admirable et son sens de la déclamation laissent à penser que ce grand interprète pourra donner toutes ses lettres de noblesse à ce rôle en se nourrissant d’autres collaborations artistiques qu’on lui souhaite autant pour lui que pour nous.

La troisième tête d’affiche paraît clairement disproportionnée par rapport à ce rôle d’ornement que celui de Nicias. y est pourtant très convainquant et très en voix, fort d’une diction exemplaire. Le reste de la distribution vocale délivre une prestation méritante même si la cohésion d’ensemble pourrait être perfectible.


Sur le pan théâtral, reste dans sa zone de confort avec une vision très classique, sans surprise, et souvent statique. Ce manque de saveur n’est cependant pas un frein à l’intérêt que l’on peut porter à l’ouvrage, ni à la prestation musicale. La principale qualité de cette approche traditionnelle est la lisibilité qu’elle renvoie, entre décors en carton pâte et vidéos vus et revus dans de nombreuses productions lyriques, un miroir en hauteur qui apporte peu d’intérêt au tableau dont il fait partie, une direction d’acteurs peu fournie dont la platitude détache rapidement le téléspectateur derrière son écran de l’intérêt de l’image… Une mise en scène respectueuse de l’œuvre n’empêche guère à la rendre vivante, incarnée, et approchant toutes les dimensions de l’intrigue et des protagonistes qui la composent. La chorégraphie d’Eugénie Andrin est elle aussi conventionnelle, le ballet laissant plus sur sa faim qu’il n’émerveille.

Dans la fosse, c’est un spécialiste du genre qui mène à la baguette l’. choisit régulièrement des tempi lents qui alourdissent l’élan de la partition, et particulièrement pour l’air du premier acte, « Voici donc la terrible cité » et sa petite fantaisie symphonique (violons, flûtes et cors) la précédant. La réalisation qui amplifie les voix, joue malheureusement en défaveur d’une phalange pourtant luxuriante.

Crédits photographiques : © Alain Hanel

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