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Nouvelle référence d’Ariadne auf Naxos par Thielemann

Sortie quelques mois après Frau ohne Schatten pourtant enregistrée cinq ans plus tard, Ariadne auf Naxos par à Vienne rejoint les grandes références de l’œuvre.

Si La Femme sans Ombre du Wiener Staatsoper encensée en live en 2019 souffre à l’enregistrement des réserves émises sur les voix, l’Ariadne auf Naxos de se place sans conteste parmi les versions référentes de l’œuvre, sans pouvoir trouver aucun comparable raisonnable au XXIe siècle. On rappellera qu’après la première de ces reprises de la production Bechtolf à Vienne le 23 octobre 2014, date du présent enregistrement, le critique du Neue Merker n’avait rien moins que souhaité rebaptiser l’Herbert von Karajan Platz devant l’opéra en Christian Thielemann Platz, tant il avait jugé la prestation impressionnante.

Mort en 2019 à 82 ans, était plus célèbre en Autriche qu’en France, notamment pour sa voix prêtée lors de nombreuses doublures. Il campe ici un Haushofmeister impliqué et jamais caricatural, bien supérieur à celui de René Kollo, présent dans l’enregistrement vidéo de Thielemann à Baden avec Renée Fleming. Les autres seconds rôles ravissent tout autant, du Maître de musique précis sur le texte de aux Scaramuccio, Brighella et Trufaldin de luxe de , et , ce dernier au style vocal plus truculent que ses deux compères. Le tryptique féminin appelle les mêmes louanges, d’une Valentina Naforniță souple et particulièrement brillante à l’aigu pour Najade à la Dryade plus posée de , toutes deux aussi à l’aise dans les vocalises que l’Echo d’.

Pour les premiers rôles, Dominique Meyer avait rappelé , qui livre ici un Komponist parfait, très supérieur à celui de répertoire porté par la chanteuse française à la même période en saison à Munich ou ailleurs. Zerbinetta a déjà trouvé voix plus éclatante que Daniela Fally, mais celle-ci lui apporte une présence et un lyrisme particulièrement intéressants, loin de l’image trop frivole accolée au rôle. Méconsidéré de son vivant, , montre depuis sa mort à quel point il manque sur les plus grandes scènes mondiales, tout particulièrement en Bacchus et en Empereur. Il est ici à son plus haut, à l’image de ses dernières interventions, lancées par des « Circée » jamais aigres ni détimbrés, malgré leur écriture si difficile. a étonnamment disparu des scènes elle aussi, à l’exception d’une invitation récente à Bordeaux, mais la plus grande straussienne en activité en 2014 fascine dans cet enregistrement, tant par la pureté du timbre et du chant que par sa sensibilité d’artiste, notamment dans le finale.

Et si nous avons gardé Christian Thielemann pour la fin, c’est parce qu’encore plus qu’à Baden-Baden en 2012 et à Dresden en 2018, il emporte la partition symphonique à un niveau impressionnant, celui des plus grands chefs depuis un siècle, Böhm et Karajan en tête. Les scènes d’humours manqueront juste un peu d’ironie, et ceux qui aiment une direction plus souple pourront trouver à l’occasion quelques phrases trop retenues, mais personne aujourd’hui et depuis longtemps à part lui n’est capable dans cette œuvre de donner autant de poids à chaque note, chaque mesure et chaque phrase. Audible dès l’ouverture où les sublime Wiener sont encore seuls, cette sensation de justesse se retrouve aussi dès que la fosse doit amplifier la puissance d’un cast dont la magie aura été décuplée à tous les instants.

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