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A Baden-Baden, luxueuse Ariane à Naxos

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Baden-Baden. Festspielhaus. 25-II-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos, opéra en un acte avec prologue sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène et décors : Philippe Arlaud. Costumes : Andrea Uhmann. Lumières : Philippe Arlaud et Felix Kirchhofer. Chorégraphie : Anne-Marie Gros. Avec : Renée Fleming, la Prima Donna / Ariadne ; Jane Archibald, Zerbinetta ; Sophie Koch, le Compositeur ; Robert Dean Smith, le Ténor / Bacchus ; Eike Wilm Schulte, la Maître de musique ; Christian Baumgärtel, le Maître à danser ; René Kollo, le Majordome ; Nikolay Borchev, Arlequin ; Kenneth Roberson, Scaramouche ; Steven Humes, Truffaldin ; Kevin Conners, Brighella ; Christina Landshamer, Naïade ; Rachel Frenkel, Dryade ; Lenneke Ruiten, Echo ; Michael Ventow, un Officier ; David Jerusalem, le Perruquier ; Roman Grübner, un Laquais . Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann

En reprenant en grande partie les ingrédients du Rosenkavalier
de 2009, le Festspielhaus de Baden-Baden comptait très probablement en renouveler l’incontestable réussite avec un autre chef d’oeuvre de  : Ariane à Naxos. Le public était donc accouru de fort loin pour réentendre et sous la baguette de , mais cette fois sans , la Sophie du Rosenkavalier, qu’on aurait pu espérer en Zerbinetta.

réendosse donc l’habit du Compositeur, un de ses rôles fétiches, et son triomphe y est toujours aussi mérité. Même désavantagée par une perruque frisée peu seyante, elle confirme qu’elle en est l’interprète actuelle la plus aboutie, par la fièvre de l’incarnation, la puissance et l’intensité vocales, la poignante détresse – celle de l’artiste ravalé au rang de simple exécutant – qu’elle met dans ses aigus énergiquement projetés. aborde quant à elle pour la première fois le rôle d’Ariadne et, sur le plan musical, s’y montre sublime. Dans une tessiture qui lui convient idéalement au stade actuel de son évolution vocale, avec un grave notablement étoffé et qui s’intègre enfin sans rupture aux autres registres, elle y ose un galbe de la ligne, une longueur infinie des phrasés, une pure splendeur de l’aigu absolument envoûtants. Son Ariadne moins marmoréenne et tragique qu’à l’accoutumée est d’une frémissante féminité et si elle n’évite pas quelques minauderies au Prologue, après tout elle y est bien une Prima Donna capricieuse et y chante si peu… La Zerbinetta de a la lourde tâche de se confronter à ces deux artistes majeures. Vocalement, elle domine sans problème le rôle et ses coloratures, avec un suraigu facile mais où la voix s’amincit quelque peu. L’actrice est aussi convaincante, avec son look de poupée coiffée à la Louise Brooks, et investit avec esprit et beaucoup d’aisance son grand air « Grossmächtige Prinzessin ». Il lui manque cependant encore l’absolu brio, le chic, le percutant et un soupçon d’abandon pour y être une référence incontestable.

assume sans faiblir toutes les notes de l’impossible rôle de Bacchus, ce qui est déjà une performance en soi, parvient à construire un personnage et y tente même des nuances au sein d’un format globalement héroïque avec une réussite plus aléatoire.

Du côté des comprimari, Baden-Baden a eu la main moins heureuse. est certes un Maître de musique de haut rang mais Christian Baumgärtel sonne bien léger et sous-dimensionné en Maître à danser. , qu’on revoit avec plaisir sur une scène, cabotine tout de même beaucoup dans le rôle parlé du Majordome. L’Arlequin de est bien chantant mais marque peu, tout comme ses comparses qui ne parviennent jamais à se déboutonner et à nous faire sourire. Enfin, le trio des voix féminines est franchement déséquilibré par les aigus par trop vociférés de sa Naïade.

Pour Der Rosenkavalier, conduisait son Philharmonique de Munich. Cette fois, il se présente à la tête de la dont il va prendre la direction l’été prochain. Le soin minutieux apporté aux détails instrumentaux et aux textures, joint à l’exceptionnelle qualité des solistes de l’orchestre, nous a valu d’extraordinaires moments chambristes et ils sont majoritaires dans cette partition. On s’avoue moins comblé par les climax (la fin du Prologue et de l’Acte notamment), où la balance très en faveur des basses aboutit à un son compact et un peu épais, ainsi que par le manque d’humour et la pesanteur des scènes de commedia dell’arte.

Si le spectacle ne convainc pas pleinement, c’est surtout la mise en scène consensuelle mais pauvre d’idées, lisse et convenue de , également auteur des décors, qui en est responsable. Le fil directeur en est l’image pirandellienne du théâtre dans le théâtre, ce qui, au vu de la trame dramaturgique d’Ariadne auf Naxos, confine au pléonasme. Au Prologue, la représentation de l’œuvre commandée par un riche bourgeois viennois est en pleins préparatifs et nous sommes en coulisses avec caisses des décors en cours de déballage et miroirs de loge ; les grands panneaux laqués blancs de la scénographie n’ont pour seul intérêt que de bien renvoyer les voix vers la salle. L’Acte lui-même reconstitue avec précision la représentation, devant le public des invités assis en fond de scène sur un escalier cent fois vu, et le Compositeur revient distribuer à chacun sa partition. Quelques jolies images (le Compositeur réfugié sur son piano, la montée finale vers la lumière d’Ariane et Bacchus) ne font pas une mise en scène mémorable, surtout quand la modeste direction d’acteurs les abandonne le plus souvent à des attitudes stéréotypées.

Cette représentation du 25 février était filmée par Unitel. Pour Sophie Koch et Renée Fleming, pour les sortilèges orchestraux tirés par Christian Thielemann de la , il sera quand même intéressant d’en récupérer la retransmission télévisée sur TV3Sat ou d’en acquérir le Dvd à paraître.

Crédits photographiques : © Andrea Kremper / Festspielhaus Baden-Baden

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Baden-Baden. Festspielhaus. 25-II-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos, opéra en un acte avec prologue sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène et décors : Philippe Arlaud. Costumes : Andrea Uhmann. Lumières : Philippe Arlaud et Felix Kirchhofer. Chorégraphie : Anne-Marie Gros. Avec : Renée Fleming, la Prima Donna / Ariadne ; Jane Archibald, Zerbinetta ; Sophie Koch, le Compositeur ; Robert Dean Smith, le Ténor / Bacchus ; Eike Wilm Schulte, la Maître de musique ; Christian Baumgärtel, le Maître à danser ; René Kollo, le Majordome ; Nikolay Borchev, Arlequin ; Kenneth Roberson, Scaramouche ; Steven Humes, Truffaldin ; Kevin Conners, Brighella ; Christina Landshamer, Naïade ; Rachel Frenkel, Dryade ; Lenneke Ruiten, Echo ; Michael Ventow, un Officier ; David Jerusalem, le Perruquier ; Roman Grübner, un Laquais . Staatskapelle de Dresde, direction : Christian Thielemann

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