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L’Auditorium de Radio-France réouvre ses portes au public avec Wagner et Bruckner

Une jauge réduite, un concert écourté, mais un plaisir intact pour ce concert de réouverture du Philhar confié à la baguette de , associant le Prélude et la Mort d’Isolde chanté par la soprano polonaise et la « Wagner Symphonie » d’.

Connaissant de longue date , ancien directeur musical de l’ (1984-2000), wagnérien fervent et brucknérien accompli, on ne s’étonnera pas de la cohérence de ce programme, tout entier placé sous l’ombre tutélaire de .

Contre toute attente, et malgré un superbe pupitre de violoncelles conduit par Nadine Pierre, Marek Janowski déçoit dans le Prélude de Tristan qu’il mène sans sensualité, de façon par trop rigide, incapable de nous rendre l’émotion inhérente à cette montée de sève vénéneuse, à cette inexorable, dangereuse et fascinante volupté de l’amour passion dont parlait Nietzsche, à cette impossible quête de la complétude qui ne trouvera sa résolution que dans la poignante Mort d’Isolde magistralement chantée par , chanteuse encore trop peu connue du public français. Une découverte pour beaucoup certes, mais surtout une interprétation qui impressionne et séduit tout à la fois par ses qualités vocales et son engagement dramatique.

Composée en hommage au maitre de Bayreuth, souvent décriée pour ses maladresses abusivement cuivrées et son inspiration outrageusement wagnérienne, la Symphonie n° 3 d’ connut une genèse difficile expliquant la multiplicité de ses différentes moutures…C’est sans surprise la version de 1889, unanimement acclamée à l’issue de sa création en 1890, qui nous est donnée ce soir. On connait l’attachement du chef à cette œuvre qu’il donna à de multiples reprises, en concert comme au disque, avec l’OSR ou l’Orchestre de la radio de Berlin. Mais pour l’heure, l’inspiration n’est pas au rendez-vous…L’interprétation qui nous en est offerte ici parait une fois encore assez rigide et quelque peu boursouflée par une surcharge de cuivres mal contenus. Marek Janowski, loin des langueurs envoûtantes de Celibidache comme du souverain équilibre de Jochum, force le trait, avive les contrastes et menace les équilibres. Si le premier mouvement, Modéré et mystérieux alterne, avec bonheur, épisodes de tension et de détente, on s’étonne rapidement du déséquilibre entre moments lyriques (cordes) et moments plus soutenus (cuivres) dans une vision trop analytique dont la clarté, certes, valorise de jolis contrechants (petite harmonie et cor solo superlatif de Guillaume Tétu) mais entame grandement la continuité du discours. Le second mouvement Adagio, plus apaisé, est sans doute le plus wagnérien d’inspiration, mais il manque toutefois quelque peu de profondeur malgré le lyrisme ténu des cordes, tandis que le Scherzo renoue avec une dynamique dansante alternant rusticité et élégance. Le Finale souffre encore des mêmes critiques que le premier mouvement concluant une lecture assez roborative (germanique diraient certains…) qui ne fait qu’accentuer les faiblesses de cette version de 1890…

Crédit photographique : Marek Janowski © Olivier Killig/ Philharmonie de Dresde

 

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