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Georges Benjamin, chef et compositeur à l’Auditorium de Radio France

Deux chefs d’œuvre du répertoire orchestral français côtoyant deux créations françaises de très haute tenue : c’est le programme que partage le compositeur et chef d’orchestre avec un aux multiples éclats.

On ne boude pas son plaisir à l’écoute de L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, un poème symphonique devenu rare à l’affiche des concerts parisiens. Benjamin en soigne tous les détails de l’orchestration, des alliages subtils du début aux salves flamboyantes du tutti ; la page symphonique est luxuriante et la dramaturgie ciselée même s’il nous manque la sensation d’un souffle qui la traverse.

L’élan, la puissance et l’invention sont en revanche bien tangibles dans Marsyas (1998-2000) de , immense compositeur allemand dont le catalogue compte aujourd’hui plus de 400 opus ! L’œuvre-rhapsodie, donnée pour la première fois en France, revisite le mythe antique et le sort tragique du silène (écorché vif) en convoquant sur le devant de la scène la trompette soliste () et la percussion (). La partie de trompette d’une violence animale déploie une virtuosité insolente, l’interprète passant d’un instrument à l’autre (de la trompette au piccolo) pour atteindre des aigus liminaux ; elle est « ombrée » par le marimba dans une première partie aussi étrange que fascinante avant que l’énergie ne se libère et que l’œuvre s’ouvre sous le déferlement jubilatoire de sept tambours et la force de frappe spectaculaire d’. L’orchestre est lui aussi mis à rude épreuve, réactif et percutant sous le geste aguerri de Benjamin, ardent défenseur de la musique de son collègue et ami.

Œuvre rare également et toute récente (2019-2021), écrite à la mémoire de l’ami disparu , le Concerto pour orchestre de et par maintient la soirée sur les hauteurs. « Espiègle et versatile », note humblement le compositeur sur sa partition, pointant sans doute l’invention et l’inattendu des associations instrumentales ainsi que les contrastes sans cesse entretenus au sein d’une écriture qui balaie toute hiérarchie orchestrale : l’écriture y est complexe et virtuose, sans renier un certain lyrisme et une dimension théâtrale au fil d’un parcours où l’imaginaire règne en maître.

Le concert se termine en beauté avec Ma Mère l’Oye de dont George Benjamin a choisi la version du ballet intégral. Elle augmente la partition originale pour piano à quatre mains (« danse du rouet et scène » du premier tableau), Ravel rajoutant des interludes et inversant certains numéros pour tisser l’argument : ravissement des timbres, jeu de registres, lumière des bois (Mathilde Calderini et Hélène Devilleneuve en vedette), raucité du contrebasson et suavité des lignes dont Benjamin soigne la conduite. Rarement la partition aura sonné avec autant de grâce et de raffinement orchestral, jusqu’à l’enchantement du « Jardin féérique ».

Crédit photographique : George Benjamin © Javier del Real

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