- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Intégrale Bach par Benjamin Alard : acte 6 avec un clavecin historique à trois claviers

Après cinq premiers volumes déjà très remarqués consacrés à l’œuvre de jeunesse pour clavier de Bach, poursuit sa quête musicale en nous offrant le Premier livre du clavier bien tempéré, précédé du Petit livre de clavier pour Wilhelm Friedemann Bach, sorte de genèse au premier grand cycle des préludes et fugues. L’utilisation de deux instruments historiques apporte un plus de taille, en particulier le grand clavecin à trois claviers du facteur hambourgeois Hieronymus Hass.

Ce volume 6 de l’œuvre pour clavier de est essentiellement consacré au Premier Livre du clavier bien tempéré. Cependant a l’excellente idée de nous préparer à son écoute par un premier CD consacré au Petit livre de clavier pour Wilhelm Friedemann Bach. En effet ce recueil écrit à l’intention de son fils ainé alors âgé de 10 ans, renferme de nombreuses esquisses qui serviront ensuite à l’élaboration du cycle des premiers 24 Préludes et fugues (BWV 846-869). Les pièces rassemblées pour le livre de Wilhelm Friedemann sont d’un usage domestique pour l’apprentissage dans l’intimité. Aussi Benjamin Alard a choisi de les interpréter sur un clavicorde historique construit par Johann Adolph Hass à Hambourg en 1763. Cela permet une mise en condition, une approche subtile au grand cycle contenu dans les deux CD suivants. Connu pour son toucher expressif, le clavicorde est l’instrument idéal pour l’apprentissage d’un enfant aux subtilités du clavier. Que renferme ce livre ? Une série de courtes pièces, des préludes qui serviront de base de départ pour certains du Premier livre du clavier, quelques petits arrangements de chorals et des pièces élaborées par le fils avec l’aide de son père. Benjamin Alard propose de compléter de manière improvisée certaines pièces laissées inachevées dans un but pédagogique par l’auteur.

L’enregistrement est complété par Six petits préludes et fugues BWV 933-938. On sent dans ce recueil des esquisses qui prennent forment, Bach œuvrant à la fois pour son fils mais pour lui-même, une espèce de rêve en marche qu’il concrétise peu à peu… Le clavicorde de J.A. Hass porte une charge historique importante car c’est grâce à lui que ce type d’instrument fut connu dans notre époque moderne. C’est bien sûr une immense opportunité et une chance incroyable que de pouvoir l’entendre, et ce dans les meilleures conditions, grâce à une prise de son qui respecte ses équilibres, ses couleurs et sa dynamique.

Pour le Premier livre du clavier bien tempéré, Benjamin Alard nous fait entendre un instrument on ne peut plus mythique : le fameux clavecin à trois claviers de Hieronymus Albrecht Hass construit à Hambourg en 1740. Il s’agit du seul exemplaire historique connu d’un tel clavecin qui soit parvenu jusqu’à notre époque. Il est la grande vedette instrumentale de ce coffret. Il renferme cinq séries de cordes dont un 16 pieds, une basse de 2 pieds, un jeu de luth et d’autres systèmes mécaniques sophistiqués pour augmenter encore les possibilités sonores, ce qui est exceptionnel. Les trois claviers permettent de nombreuses combinaisons de sonorités qu’aucun autre clavecin de l’époque ne peut offrir. Voici un instrument plus pensé comme un orgue que comme un clavecin, où chaque rangée de cordes peut s’apparenter à un timbre d’orgue connu. Cet instrument semble porter son histoire au travers des gravures peintes sur sa caisse et son couvercle. On y voit en effet une scène allégorique où Hass père et fils présentent le clavecin à une reine, sans doute Maria Barbara d’Espagne épouse de Ferdinand IV, elle-même claveciniste et élève de Domenico Scarlatti. L’histoire moderne est restée favorable à ce joyaux unique puisque après être apparu lors de l’exposition universelle de Parie en 1900, il avait été remarqué par Wanda Landowska, puis acquis par l’un de ses élèves Rafaël Puyana qui le fit restaurer une première fois à Paris par Franck Hubbard. Ce travail ne donna pas satisfaction et fut repris vingt ans plus tard par Andrea Globe qui livra alors un travail soigné et réussi. Le clavecin put ainsi être présenté lors d’un récital au théâtre royal de Versailles en 1984 donné par Rafaël Puyana. Par la suite ce claveciniste avait gravé pour le label SanCtus deux albums consacrés à Bach et Scarlatti.

Benjamin Alard présente ce Premier livre du clavier bien tempéré de manière originale en disposant les 24 Préludes et fugues dans un ordre particulier, différent de la suite habituelle des tonalités successives. Cela donne d’emblée une impression agréable de redécouverte, ce qui correspond bien à la magie des compositions de Bach, lesquelles en fonction des circonstances (lieu, instrument, affects) paraissent parfois être entendues pour première fois. Le charme opère par un toucher subtil autant dans les Préludes qui rappellent bien souvent quelque improvisation et les fugues ou de savants contrechants émergent de manière sous-jacente par une aération du discours, construite sur les divers jeux de timbre du clavecin. Autant la musique que l’instrument sont également pleinement mis en valeur par une prise de son justement équilibrée. L’utilisation du jeu grave de 16 pieds n’alourdit jamais le discours et se place selon les besoins, telle une partie de pédale d’orgue en adéquation exacte avec le texte musical. D’autres couleurs sonores sont aussi exploités avec notamment le jeu de « nasal » (jeu de luth) qui évoque les pizzicati des instruments à archets, comme dans le magnifique Prélude et fugue en si mineur qui clôt l’ensemble de ce premier livre.

Ce coffret offre une nouvelle version de référence du Premier livre du clavier bien tempéré grâce à une vision de Benjamin Alard une nouvelle fois axée sur une rhétorique puissante et inspirée, telle que la musique de Bach le mérite. Quelles belles surprises nous attendent encore pour les prochains volumes ? Comme le remarque le claveciniste : « Avec Bach, on ne cesse jamais d’apprendre « … autant pour l’interprète que pour l’auditeur.

Lire aussi :

Débuts prometteurs de l’intégrale pour clavier de Bach par Benjamin Alard

Benjamin Alard poursuit son intégrale Bach avec ferveur

Troisième volet très français pour l’intégrale Bach de Benjamin Alard

Le Bach italien selon Benjamin Alard, acte 4 de son intégrale pour clavier

Benjamin Alard nous convie à la période de Weimar avec le volume 5 de son intégrale Bach

(Visited 400 times, 1 visits today)