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Benjamin Alard poursuit son intégrale Bach avec ferveur

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Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750) , Johann Pachelbel (1653-1706), Dietrich Buxtehude (1637-1707) et Johann Adam Reincken (1643?-1722). Gerlinde Sämann, Soprano. Benjamin Alard, orgue Freitag-Tricoteaux (2001) d’après Arp Schnitger de l’église Saint-Vaast de Béthune (Pas-de-Calais), Claviorganum Blumenroeder (2009-2010) comprenant un clavecin François Riocca (Riccia 2003) d’après Grimaldi (Messina 1697) et un orgue Quentin Blumenroeder (Haguenau 2010). 1 coffret de 4 CDs Harmonia Mundi. Enregistré en mai, octobre et novembre 2018. Livret trilingue français, anglais et allemand. Durée totale : 4h 24.

 

alard_bach2_hmAprès un premier volume consacré aux éveils du jeune à la musique, un deuxième coffret aborde les influences nordiques, au travers de ses voyages à Hambourg et à Lübeck, auprès des plus grands maitres de son temps. poursuit sa quête et nous entraine dans ce monde fascinant de la rhétorique baroque.

a entreprit d’enregistrer l’intégrale de la musique pour clavier de Bach. Un premier volume de trois CD était déjà paru voici presque un an, nous montrant les premières émotions musicales d’un jeune adolescent. Voici un deuxième volume de quatre CD consacré à la période suivante, celle des grandes découvertes musicales à Lübeck et à Hambourg. Chaque disque est composé d’un programme qui met en résonance les œuvres de Bach avec d’autres qu’il avait entendues et sans doute jouées. Il avait même recopié de sa main, entre autres, deux Fantaisies-chorals de Dietrich Buxtehude et de Johann Adam Reincken. Benjamin Alard les propose ici dans des versions où l’art du discours est particulièrement présent, porté par les belles voix de l’orgue de Béthune. Ce dernier, instrument récent, est construit suivant les principes de la facture d’orgue baroque nord-allemande et de son célèbre constructeur Arp Schnitger. Jean-Marie Tricoteaux qui a harmonisé cet orgue est orfèvre en la matière pour le faire sonner dans l’esprit des originaux remontant au XVIIe siècle.

Ainsi, le célèbre voyage à Lübeck est illustré par la Fantaisie « Nun freut euch » de Buxtehude, grande dissertation de quinze minutes qui avait ébloui le jeune Johann Sebastian. Elle côtoie quelques chorals de jeunesse et des fugues qui représentent des galops d’essais plus que prometteurs et déjà quelques pièces d’envergure : La Partita « O Gott du frommer Gott » ou une fugue sur un thème de Corelli. Le disque suivant évoque une autre rencontre, celle de Bach avec le vieux Adam Reincken, organiste à Sainte-Catherine où trône un orgue imposant. La longue fantaisie de Reincken sur le choral Les fleuves de Babylone montre un compositeur au sommet d’un art violent et tourmenté, pétri de cadences somptueuses, laissant une large part à l’improvisation. On rapporte que Bach aurait lui-même varié longuement sur ce thème en présence du vénérable organiste, lequel l’aurait vivement félicité, conscient que la relève était bien là. Autour de ces compositeurs nordiques, Benjamin Alard a placé également Johann Pachelbel, organiste à Nüremberg et ami de la famille Bach. Ses œuvres ont inspiré le jeune Bach par un penchant plus méridional. Les œuvres de Bach interprétées ici montrent un jeune artiste fougueux, avide de découvertes et de surprises : la Toccata en Ré majeur BWV 912a pour le clavier en est un excellent témoignage. D’autres préludes et fugue pour orgue confirment cette impression de liberté et de recherche. Benjamin Alard nous propose souvent des versions alternatives de ces œuvres, souvent des premières manières, sur lesquelles l’auteur reviendra par la suite pour les peaufiner.

Le troisième disque fait appel au titre d’un choral Erbarm dich mein, un titre qui évoque le temps de la passion. Autour de ce thème ont été regroupés une série de chorals dont certains cantus firmus ici agréablement chantés par Gerlinde Sämann. Pour ce disque ainsi que le suivant, l’interprète utilise un instrument particulier qui est le claviorganum. Il s’agit de la réunion d’un orgue positif et d’un clavecin. Cet instrument se retrouve au XVIIe siècle dans la plupart des pays européens. Sa qualité principale est de mêler le son du tuyau avec la corde pincée et simultanément si on le désire. Deux qualités qui se complètent : le son vif et court du clavecin soutenu par le son continu de l’orgue. La réalisation de Quentin Blumenroeder est une réussite sonore. C’est avec cet instrument que Benjamin Alard termine son deuxième coffret Bach avec un dernier volet intitulé « le voyageur ». Par ce terme, il évoque outre les déplacements musicaux du jeune Bach, les influences et les hommages qu’il rendit à ses inspirateurs Pachelbel, Reincken et Buxtehude, même s’il ne fut jamais leur élève : une grande sonate en sept mouvements d’après Reincken, des toccatas et des fugues inspirées des deux autres compositeurs.

Avec ce deuxième coffret d’une intégrale en marche, l’on pourra mieux comprendre comment s’est forgé le génie de Bach au travers du monde musical qui l’avait précédé et celui qui fut le sien durant toutes ses années d’apprentissage. Les interprétations raffinées et historiquement informées de Benjamin Alard nous y aident grandement. Une remarquable intégrale Bach pour le clavier est entrain de s’édifier peu à peu.

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Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750) , Johann Pachelbel (1653-1706), Dietrich Buxtehude (1637-1707) et Johann Adam Reincken (1643?-1722). Gerlinde Sämann, Soprano. Benjamin Alard, orgue Freitag-Tricoteaux (2001) d’après Arp Schnitger de l’église Saint-Vaast de Béthune (Pas-de-Calais), Claviorganum Blumenroeder (2009-2010) comprenant un clavecin François Riocca (Riccia 2003) d’après Grimaldi (Messina 1697) et un orgue Quentin Blumenroeder (Haguenau 2010). 1 coffret de 4 CDs Harmonia Mundi. Enregistré en mai, octobre et novembre 2018. Livret trilingue français, anglais et allemand. Durée totale : 4h 24.

 
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