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Le Bach italien selon Benjamin Alard, acte 4 de son intégrale pour clavier

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : l’œuvre pour clavier, volume 4 « Alla veneziana – concerti italiani ». Benjamin Alard, clavecin historique Mattia de Gand (Roma 1702) restauré par Graziano Bandini (Bologna, 2016), clavecin pédalier Philippe Humeau (Barbaste 1993) d’après Carl Conrad Fleischer (Hamburg 1720) / Quentin Blumenroeder (Haguenau 2017), orgue historique André Silbermann (1710) restauré par Quentin Blumenroeder (2010) de l’Abbaye Saint-Etienne de Marmoutier (Alsace-France). 3 CD Harmonia Mundi. Enregistrés en juin 2020 (CD 1), septembre 2019 (CD 2) et mai 2019 (CD 3). Livret en français, anglais et allemand. Durée totale : 3h 17’

 

Les Clefs du mois

Suite au précédent coffret consacré au « Bach français », a réuni pour son quatrième volet des œuvres d’inspiration italienne. Une manière de mieux comprendre l’influence de la musique de ce pays dans l’art de .

Harmonia Mundi poursuit l’édition des œuvres pour clavier de Bach par avec un nouveau coffret de trois CD, tourné vers l’Italie. Il y a ici un double aspect dans l’approche du compositeur : ses propres œuvres se référant à un style qui l’a beaucoup marqué et ses propres transcriptions de maitres italiens, qui furent ses contemporains et auxquels il rend hommage.

Sur un premier CD justement, Benjamin Alard nous propose divers concertos de maitres italiens, Antonio Vivaldi essentiellement, ainsi que Giuseppe Torelli et Alessandro Marcello. Une Fantaisie et fugue et un Prélude et fugue se joignent harmonieusement à ces oeuvres écrites pour le clavier. Benjamin Alard a choisi un clavecin historique de Mattia De Gand (Roma, 1702), restauré par Graziano Bandini (Bologna, 2016). Cet instrument se trouve au Musée Santa Caterina de Trévise (Italie) et les photos en couleurs du livret nous montrent ses charmes : magnifique peinture allégorique dans le couvercle, anges et fleurs à profusion sur les flans, clavier en buis et un piètement tourné de toute beauté. Ses qualités répondent aux critères habituels des clavecins baroques italiens, c’est-à-dire par une attaque franche et vive et une bonne présence sonore offrant à ce modèle une valeur musicale unique. On est charmé, tout comme Bach le fut sans doute, par ces ambiances vénitiennes. Les mélodies et les rythmes nourrissent ces pages, même si la richesse contrapuntique de l’écriture n’atteint pas celle du vénérable cantor.

Le deuxième CD, joué également au clavecin, aborde à nouveau une série de concertos, cette fois-ci en incluant certains d’entre eux que Bach destinait à l’orgue avec une partie de pédale obligée. Pour se faire, Benjamin Alard a choisi un instrument en vogue à l’époque de Bach : le clavecin-pédalier. Le modèle choisi fut construit à Barbaste en 1993 par Philippe Humeau d’après un original de Carl Conrad Fleischer (Hamburg 1720). Au temps de Bach, ces instruments domestiques permettaient l’étude de l’orgue sans faire appel à un souffleur et à l’abri du froid hivernal des églises. La lecture de ces concertos pour orgue ainsi présentée en renouvelle l’écoute et nous fait découvrir d’autres aspects sonores et aussi de la compréhension de l’écriture. L’instrument est très équilibré, sans les lourdeurs d’un 16 pieds, même à la pédale. Vivaldi est une nouvelle fois à la fête dans cinq de ses concertos. L’utilisation de cet instrument particulier est l’occasion aussi interpréter le Prélude et Fugue en sol mineur BWV 535 pour orgue ainsi que la fameuse et grande Fugue en sol mineur BWV 542 sur le thème d’une chanson hollandaise.

Le dernier volet de ce coffret est consacré à des œuvres pour orgue enregistrées, comme dans le coffret précédent, sur l’instrument historique de l’Abbaye Saint-Etienne de Marmoutier (Alsace). Construit par André Silbermann en 1710, il a bénéficié d’une superbe restauration en 2010 réalisée par Quentin Blumenroeder. Le programme retrouve un grand Concerto en ut majeur BWV 594 d’après Vivaldi. L’habituel grand plein-jeu brouille souvent les lignes mélodiques, ici au contraire le choix de jeux de fonds principaux crée immédiatement une atmosphère proche de celle de l’orchestre à cordes vivaldien avec une harmonieuse mise en avant des voix supérieures, l’esprit violonistique s’en trouve renforcé. Viennent une série de chorals, registrés selon les mélanges typiques d’un orgue français des premières années du XVIIIᵉ siècle. Certains d’entre eux, peu connus ni joués, sont issus des suppléments du catalogue BWV de Wolfgang Schmieder. Leur authenticité est controversée mais ils restent pétris de cet art décoratif venue d’Italie qui a inspiré une multitude de musiciens. Le disque s’achève avec la célèbre Toccata, Adagio et Fugue en ut majeur BWV 564. Bach y mêle une sorte de « Stylus phantasticus » dans le premier volet, cédant la place à un adagio original mais calqué sur un concerto italien imaginaire avec les basses en pizzicati au pédalier. La fugue, très ludique met un point d’orgue à ce coffret.

Cet album n° 4 est particulièrement réussi. Benjamin Alard s’y montre souverain par une grande liberté de jeu tant au clavecin qu’à l’orgue. L’étude croisée de ces instruments bonifie un jeu d’une clarté et d’une attaque d’une rare perfection. Au moyen de trois instruments de premier rang, il sublime cette musique au travers d’un discours personnel, qui nous fait vraiment découvrir de nouveaux aspects de la musique pour clavier de .

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