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Troisième volet très français pour l’intégrale Bach de Benjamin Alard

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : l’œuvre pour clavier, volume 3 : « À la française ». Benjamin Alard à l’orgue historique André Silbermann (1710) de l’abbaye Saint-Étienne de Marmoutier (Bas-Rhin, France) ; clavecin français historique début XVIII° siècle du château d’Assas (Hérault, France) ; clavecin Philippe Humeau (1989) d’après Carl Conrad Fleischer (1720). 3 CD Harmonia Mundi. Enregistrés en mai 2018 et en mai et septembre 2019. Livret trilingue : français, anglais et allemand. Durée totale : 3:29:19

 

Voici le troisième coffret de trois CD consacrés à une intégrale en cours de l’œuvre pour clavier de . Cette fois-ci, le fil conducteur en est la France. , aux claviers de l’orgue historique alsacien de Marmoutier et sur deux clavecins de style français et allemand, met judicieusement en valeur de nombreuses influences que Bach sut cultiver dès son adolescence.

Johann Sebastian Bach_À la française_Benjamin Alard_Harmonia MundiÀ la suite de deux premiers coffrets, sur le thème des premières influences du jeune Bach et du voyage vers le nord, le présent volet propose les inspirations du compositeur pour le style français, alors très en vogue dans l’Europe musicale. Le premier CD intitulé À la française est enregistré sur le célèbre clavecin du château d’Assas, anonyme français du début du XVIIIᵉ siècle. propose sur ces claviers historiques plusieurs suites de danses dans le style français. Allemande, courante, sarabande et gigue en constituent l’ossature que Bach agrémente de mouvements supplémentaires (Ouverture ou Prélude, Menuet, Bourrée…) en guise de galanteries. Le clavecin porte magnifiquement cette musique par ses sonorités graves et déliées. Nous sommes là très proches de ce que les Français eux-mêmes composaient dans leurs suites. Pour s’en convaincre et comme lors des précédents albums, introduit des invités témoins d’un monde musical alors pratiqué par tous : l’Allemand Johann Caspar Ferdinand Fischer et François Couperin. Ces rapprochements sont évidemment troublants et magnifiquement révélés par le jeu savant et ductile de l’interprète.

Le deuxième CD est enregistré sur l’orgue historique de Marmoutier (Bas-Rhin) construit en 1710 par André Silbermann. Cet instrument est l’un des plus beaux d’Alsace en majeure partie conservé dans son état original, récemment restauré par Quentin Blumenroeder, ce qui en fait un témoin très précieux pour l’interprétation de la musique liée à cette période. Le style même de cet orgue présentant un équilibre sonore à la croisée des influences françaises et germaniques est tout indiqué pour les œuvres où Bach a développé ce penchant, par ses découvertes en particulier auprès de Georg Böhm à Lüneburg. Ce dernier en effet avait été initié à ce style particulier notamment par ses fréquentations à la cour de Celle. Il adoptait l’ornementation française, et la structure de l’ouverture (grave-fugato), entre autres, ce que Bach avait retenu pour diverses pièces disséminées dans toute son œuvre. L’enregistrement à Marmoutier offre des pièces sous un éclairage différent, notamment au niveau des registrations qui peuvent paraître inhabituelles, mais choisies en toute logique de style. On entend ici la Pièce d’orgue BWV 572 dans une registration sur les anches. Cette famille de jeux, fondamentale dans la facture française, se révèle ici puissamment polyphonique, d’avantage que le plein-jeu plus adapté à un discours de type harmonique. André Raison composa un petit trio dont la basse servit de modèle au thème de la Passacaille en Ut mineur BWV 582. Le mélange des sonorités est une nouvelle fois différent de ce qui serait envisageable sur un orgue allemand de la même époque et apporte alors un éclairage proche des pièces rutilantes des livres d’orgue français. À ce propos on se souvient que Bach recopia intégralement le livre de Nicolas de Grigny. Benjamin Alard nous le rappelle ici avec le dernier verset de l’hymne Pange Lingua qui n’est autre qu’un sublime récit en taille suivant pas à pas le texte du verset : une musique supérieure et émouvante, à l’égal de celle de Bach. Des chorals complètent le programme ainsi qu’un Trio extrait des Nations de Couperin, transcrit par Bach lui-même pour l’orgue. Les équilibres sonores de l’orgue sont très bien maîtrisés par l’interprète, en particulier les jeux de pédale.

Le troisième CD revient au clavecin, sur un autre modèle construit par Philippe Humeau en 1989 d’après un original allemand de 1720. Ce choix permet en opposition avec le clavecin français d’Assas d’écouter autrement l’approche de ces suites de danses pensées par Bach, françaises ici mais sur un clavecin de type allemand, plus charnu. On retrouve avec plaisir deux Suites anglaises BWV 807 et 809. Le titre est trompeur, leur structure restant résolument française. Une troisième suite BWV 996 écrite au départ pour le luth complète ces exemples où Bach a pu développer ses attirances pour ces danses si proches de l’âme humaine. C’est un cadre que Bach sut conserver pour d’autres cycles d’œuvres : les Partitas, les Suites françaises

Les subtilités du toucher de Benjamin Alard aux claviers, tant à l’orgue qu’au clavecin, concourent au ravissement de ce nouveau volet.

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