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L’Opéra de Toulon invite Berlioz : inutiles regrets 

L'amateur du grand Hector est accouru à Toulon pour ce programme 100 % Berlioz (Damnation et Troyens) avec .

L'affiche était belle : , Pavol Breslik. Après le succès de sa prise de rôle en Norma, la cantatrice française, accompagnée par , allait montrer en une seule soirée de quelle Marguerite et de quelle Didon elle se chauffe. À ses côtés le gracieux ténor slovaque allait faire de même en Énée. Mais le sort en a décidé autrement : à quelques jours des deux concerts prévus à l'Auditorium du Palais Neptune, c'est le ténor français , déjà familier des prestigieux sauvetages, qui est appelé à remplacer au pied levé Pavol Breslik souffrant.

, bien que moins médiatisé que certains de ses confrères, rappelle qu'il fut entre autres un merveilleux Hoffmann, un formidable Samson, avec ce Faust de La Damnation idéal d'articulation, de projection, de puissance de souffle, qui a déjà fait le voyage à La Côte-Saint-André. Le duo « Ange adoré », avec un aigu qui plie mais ne rompt point, confirme l'inutile regret initial du changement de distribution avant qu'une suprême Invocation à la Nature ne fasse naître la perspective d'une intronisation imminente dans le cercle très restreint des Énée berlioziens avec les extraits à venir des Troyens programmés après l'entracte. La seconde partie est plus brève que prévue, amputée du très attendu air d'Énée Inutiles Regrets, ayant dû s'adapter dans des délais trop chiches à un programme à la tessiture particulièrement exigeante. On s'apprêtait pourtant déjà à parier que la noble vocalité du ténor français n'allait pas redouter cet air périlleux.

Une nouvelle Marguerite ? Une nouvelle Didon ? C'était la grande question de la soirée. « Grands dieux ! Est-ce bien lui ? » : maternel et voluptueux dans chacun des registres, le timbre de , immédiatement à son aise entre mezzo (« D'amour l'ardente flamme ») et soprano (« consume »), répondrait par l'affirmative si ne faisait défaut un supplément d'intelligibilité textuelle. Celle-là même avec laquelle la Didon d'Isabelle Druet et même sa Cassandre avaient fait sensation au Festival Berlioz en 2019 et 2021. Les adieux de Didon par Karine Deshayes touchent néanmoins au cœur, et l'on n'en regrette que plus l'occasion trop belle manquée par l'absence d'une confrontation d'une de nos plus attachantes chanteuse avec l'abyssale mélancolie du Roi de Thulé et le merveilleuse fluidité de « Chers Tyriens », deux airs curieusement absents de cette programmation. « Ivresse » et « extase infinie » sont au rendez-vous tout au long du duo de l'Acte IV, entre les deux artistes immergés dans la touffeur d'un orchestre maison gorgé de couleurs.

Un Corsaire en test positif de chacun des pupitres ; une Marche hongroise aux tempi admirablement maîtrisés, dont le decrescendo final, très bien rendu, est biffé en bis ; une Marche troyenne étreignante ; et une Chasse royale et orage exemplaire avec la gravitation de cors de toute beauté autour de celui en apesanteur de Julien Desplantes. Plus Roth que Gardiner, ayant bien entendu les rugissements des graves typiques de cette musique, , expressif et dansant, au plus proche des innovations à répétition du compositeur, ne laisse à aucun instant la bride sur le cou à l'orchestre dont il est le directeur musical depuis 2024. La phalange toulonnaise, se révèle ce soir en grande phalange berliozienne : les « regrets » qui s'étaient invités à la soirée apparaissent effectivement bien « inutiles » !

Crédit photographique : © Aurélien Kirchner

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