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Olivier Py noircit les tableaux d’Offenbach

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Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Mise en scène et lumières : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : Marc Laho, Hoffmann ; Stella Doufexis, La Muse / Niklausse ; Nicolas Cavallier, Lindorf / Coppélius / Miracle / Dapertutto ; Eric Huchet, Andrès / Cochenille / Frantz / Pitichinaccio ; Patricia Petibon, Olympia ; Rachel Harnisch, Antonia ; Maria Riccarda Wesseling, Giuletta ; Nadine Denize, La Voix de la mère d’Antonia ; Francisco Vas, Spalanzani ; Bernard Deletré, Schlemil ; René Schirrer, Luther ; Gilles Cachemaille, Crespel ; Bisser Terziyski, Nathanaël ; Romaric Braun, Hermann ; Delphine Beaulieu, Stella ; Chœur Orpheus de Sofia (chef de chœur : Krum Maximov) ; Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Patrick Davin. Réalisation : Philippe Béziat. 2 DVD BelAir classiques BAC049 3 760115 300491. Enregistré en octobre 2008 au Grand Théâtre de Genève. Sous-titrage en français, allemand, anglais, espagnol. Zone 0. Durées : 3h51‘ (opéra). 0h26‘ (bonus : Après le spectacle : interviews).

 

Noircir les tableaux d’OffenbachLors de la saison dernière, l’Opéra de Genève présentait une Trilogie du diable confiée à . Der Freischütz de Weber, La Damnation de Faust de Berlioz et les Contes d’Hoffmann d’Offenbach la constituaient. Les spectacles d’ suscitent souvent des controverses marquées. Une certaine crudité souligne le propos ou le parasite, selon que l’on adhère ou que l’on rejette le travail de l’homme de théâtre. Sa production 2001 reprise en 2008 des Contes d’Hoffmann ne fait pas exception à la règle. Tout baigne dans une noirceur revendiquée, la nudité y ressortant du coup de manière blafarde. Pourquoi apposer une telle ambiance sur l’opéra d’Offenbach ? Olivier Py donne quelques clés de lecture intéressantes en cela qu’elles permettent de comprendre un peu mieux ses partis pris artistiques pas toujours évidents. L’art, le sexe et la mort sont à ses yeux «les destinations obligées de toutes les grandes œuvres». Avec les Contes d’Hoffmann, Olivier Py peut bien évidemment s’en donner à cœur joie. Les récits fantastiques d’E. T. A. Hoffmann, qui ont inspiré les librettistes Jules Barbier et Michel Carré, renferment effectivement tous ces thèmes liés à la destinée de l’artiste, au désir, avec en sus, pour Offenbach, l’occasion de faire état d’une critique mordante de son temps. Olivier Py organise les contes sous la forme de rondes macabres, obsédantes, comme s’il s’agissait des cauchemars successifs d’Hoffmann. Dans sa lecture, l’oppression est constante, la crudité récurrente, le rêve et l’imagination d’Hoffmann bridés par le long accomplissement de son sinistre destin. L’amour ne serait plus qu’illusion dans cette fin de siècle qui voit la célébration des profits d’une civilisation industrielle naissante et des sciences exactes mises en avant par les épigones de Spalanzani. Là où Offenbach se gausse avec un humour bouffon des travers de son temps, ou plus prosaïquement des changements de son époque, Olivier Py présente pour sa part un monde évidé de tout rapport à la spiritualité et qui ne cultiverait plus que la débauche. Telle serait, pour reprendre les propos d’Olivier Py, la mauvaise nouvelle qui aurait conquis le monde. Une vision pessimiste, moralisatrice aussi, qui ne manque pas de fatiguer. D’autant que l’ambiance unique installée par les décors et l’action est imposée au public pendant près de trois heures ! Si la rigueur du propos d’Olivier Py est manifeste, on regrettera cependant que le travail scénique se passe dans cette unique tonalité morbide et désespérée (désespérante ?) malgré l’évidente virtuosité de son travail et de celui du scénographe . Il manque à cette lecture un rapport rafraîchissant à l’humour, lequel ne manque pas de jalonner Les contes d’Hoffmann, même s’il ne s’agit pas de La belle Hélène.

Ce DVD jouit d’une bonne réalisation et se dote d’une notice bien détaillée, avec des bonus sous forme d’un film présentant divers interviews. Sur le plan musical, l’orchestre, les chœurs et le plateau sont très convaincants. est un authentique ténor lyrique, puissant et solaire pour le rôle-titre. Les diables de apparaissent sombres et intenses, charismatiques et saisissants. propose une Olympia à la virtuosité impeccable, campe une Antonia émouvante et est une Giuletta lascive et expressive. Le Niklausse de convainc également.

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Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Mise en scène et lumières : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : Marc Laho, Hoffmann ; Stella Doufexis, La Muse / Niklausse ; Nicolas Cavallier, Lindorf / Coppélius / Miracle / Dapertutto ; Eric Huchet, Andrès / Cochenille / Frantz / Pitichinaccio ; Patricia Petibon, Olympia ; Rachel Harnisch, Antonia ; Maria Riccarda Wesseling, Giuletta ; Nadine Denize, La Voix de la mère d’Antonia ; Francisco Vas, Spalanzani ; Bernard Deletré, Schlemil ; René Schirrer, Luther ; Gilles Cachemaille, Crespel ; Bisser Terziyski, Nathanaël ; Romaric Braun, Hermann ; Delphine Beaulieu, Stella ; Chœur Orpheus de Sofia (chef de chœur : Krum Maximov) ; Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Patrick Davin. Réalisation : Philippe Béziat. 2 DVD BelAir classiques BAC049 3 760115 300491. Enregistré en octobre 2008 au Grand Théâtre de Genève. Sous-titrage en français, allemand, anglais, espagnol. Zone 0. Durées : 3h51‘ (opéra). 0h26‘ (bonus : Après le spectacle : interviews).

 
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