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Fascinant Atys de Lully par Alexis Kossenko

Toujours plus historiquement informée, la nouvelle version d'Atys de Lully par approche de la perfection.

Heureux Atys ! Voici paraître la sixième version discographique de cet opéra splendide, génial dans l'acception première du terme. Mais Phaéton ou Alceste, sont tout aussi géniaux et ne comptent que deux ou trois versions chacun. Cet engouement pour Atys est sans aucun doute un effet lointain de la déflagration qu'a été la re-création par William Christie et Jean-Marie Villegier d'Atys en 1987, un des événements les plus remarquables de ce qu'a été la révolution baroque autour des années 80. La recherche continue, et les propositions d'interprétation évoluent. Mais le choix de plus en plus large offert au mélomane lui permet aussi d'être plus exigeant.

Dans leur passionnante présentation, et ne prétendent pas justifier une version définitive, mais expliquent l'état d'avancement des recherches qui leur permettent d'affirmer que la version en question est « inouïe ». La connaissance de l'instrumentarium a progressé, les différents parties de l'orchestre (petit « chœur » ou basse continue et grand « chœur »), nature des voix solistes ou non, spatialisation, usage des percussions, prononciation (heureusement moderne), accentuation et projection des mots… tout est étudié et justifié avec le plus grand soin. Le résultat est enthousiasmant. La pâte sonore est d'un moelleux exceptionnel, et les couleurs étonnamment riches. Les Ambassadeurs-La Grande Ecurie signent là une interprétation majeure, dénuée de cette sécheresse qui a souvent été une marque des premiers « baroqueux », et également d'une justesse de son irréprochable. Les chœurs, Pages et Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles sont tout aussi excellents. Quand il n'est pas à la flûte allemande (traversière), dirige avec un goût parfait, un sens admirable de la danse et de la tension dramatique qui s'instaure peu à peu jusqu'au climax de l'acte V et l'apothéose d'Atys. Les divertissements sont aussi très beaux, et le prologue atteint une forme de bonheur musical proche de l'éblouissement. C'est peut-être même la plus belle partie de cet enregistrement, autant que la célèbre scène du songe, hypnotique et effrayante à la fois. Redisons-le, pour ce qui est des chœurs, de l'orchestre et de la direction, cette version est une réussite exceptionnelle. La joie à rentrer dans cette tragédie en musique est toujours aussi intense, et renouvelée à chaque écoute.

Du côté des solistes, le niveau est également très élevé, mais c'est là qu'il faut moduler quelques bémols. Personne pourtant n'est en défaut de style ou de prononciation, ni en manque d'engagement. La phrase et la prosodie sont toujours à leur meilleur niveau. Dans le rôle de Sangaride, la lumineuse semble, malgré sa déjà longue carrière, d'une jeunesse et d'une fraîcheur immarcescibles. , qui est de la même génération, a davantage évolué. Elle arrive cependant à transformer quelques petites insuffisances dans le bas médium en des accents tragiques, et à faire de Cybèle à la fois une femme blessée et une grande princesse, c'est-à-dire une déesse. A côté de ces chanteuses remarquables, déçoit un peu. Il est certainement le ténor fougueux voulu par Dratwicki et Kossenko, et sa folie du Ve acte atteint un sommet d'incendie de planches. Mais son vibrato désormais trop large nuit au charme et à la jeunesse du personnage. est lui aussi désormais trop grande voix d'opéra, et son Célénus semble plus âgé que le fleuve Sangar ou que … Le Temps, admirablement chantés par . Tout le reste de la distribution est impeccable : , Eléonore Pancrazi, , , , … difficile de tous les citer pour les distinguer chacun. Il suffira de dire que , merveilleux Sommeil, ne semble dépasser personne dans cet ensemble excellement homogène.

Peut-être eut-il fallu faire davantage confiance à cette génération montante de chanteurs jeunes et nouveaux, comme l'avait fait jadis William Christie ? Cette version Kossenko est pour l'instant celle de la plus grande magnificence de l'orchestre lullyste. Mais pour la beauté et la cohésion du quatuor vocal principal, on peut rester fidèle aux précédentes.

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