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Des Dialogues des Carmélites féministes à l’Opéra de Stuttgart

Avec une distribution très investie, le chef-d'œuvre de Poulenc est éclairé par une proposition stimulante mais inaboutie d'.

Dialogues des Carmélites devient décidément un tube en Allemagne : après la production historique de Dmitri Tcherniakov à Munich, on peut voir le chef-d'œuvre de Poulenc ce printemps à Sarrebruck, à Karlsruhe, à Stuttgart, et même dans la lointaine Flensburg – bénie soit la riche diversité des théâtres allemands, surtout quand on pense que l'Opéra de Paris a oublié l'œuvre depuis plus de vingt ans. La mise en scène que propose l'Opéra de Stuttgart, signée , est résolument féministe : elle met pour ainsi dire l'œuvre sans dessus dessous en faisant de la communauté monastique un havre de liberté et d'individualité face à un monde extérieur uniforme et contraint. On le voit d'emblée par les costumes : les autres, la famille de Blanche comme les anonymes menaçants de la foule révolutionnaire, sont en noir et blanc, et les sœurs du couvent sont réduites aussi à ce noir et blanc quand elles sont privées de leur identité à part.

Il y a un côté flower power, hippie, Seventies, dans leurs costumes du couvent, mais surtout une liberté du geste, des attitudes, des relations entre sœurs, conformément à l'anthologie de slogans féministes que des panneaux laissent voir par moments : ce que Marciniak retient de la vie commune de ces femmes, c'est la sororité beaucoup plus que le rituel. La perspective est convaincante, mais les décors et la direction d'acteurs restent un peu passe-partout : on suit donc cette proposition avec grand intérêt en restant un peu à la lisière de l'émotion qu'elle devrait susciter.

La distribution, pour l'essentiel tirée de la troupe de l'Opéra de Stuttgart, n'a pas le même rapport fluide au texte qu'a pu montrer avec éclat la distribution réunie récemment par l'Opéra de Lorraine, mais elle n'en est pas moins marquante. La diction française, en l'absence de tout interprète francophone, est pour chacune et chacun imparfaite, mais du moins on n'a jamais l'impression que la difficulté de l'exercice vienne mettre en péril la précision musicale du phrasé et de l'intonation comme on l'entend souvent.  en Constance confirme décidément qu'elle est un des grands atouts de la troupe : elle qui a brillé en Renarde et en Sonnambula saurait-elle tout faire ? Le jeu scénique comme une incarnation musicale très intense font merveille. , la grande wagnérienne de la troupe, donne un relief remarquable à la seconde prieure, tandis que Helene Schneiderman, fait son retour sur une scène qu'elle a beaucoup marquée en donnant une présence inhabituelle au petit rôle de la Mère Jeanne.

Au centre de l'histoire, en Blanche revient à Stuttgart où elle a été membre de la troupe il y a quelques années ; son timbre de mezzo oriente immédiatement le personnage vers une interprétation dramatique, ce qu'elle soutient de façon convaincante tout au long de la soirée, sans que la tessiture du rôle lui pose pour autant problème. Les choses sont un peu moins nettes pour l'autre invitée principale de la soirée, : comme souvent avec elle, l'intensité dramatique naît au détriment de la précision musicale, mais dans ce rôle lui-même extrême on ne peut nier l'efficacité émotionnelle de cet investissement maximal.

Dans la fosse, Cornelius Meister a cédé la place pour cette dernière représentation à un de ses assistants, . Difficile de savoir si ce qu'on entend vient plutôt de l'un ou de l'autre ; le volume sonore plutôt élevé est le péché mignon de Meister, de façon moins extrême que dans d'autres spectacles du directeur musical sortant de l'Opéra de Stuttgart. L'orchestre ainsi poussé conduit presque naturellement les chanteuses à une interprétation particulièrement dramatique, mais sans pour autant les mettre vraiment en danger, d'autant que la préparation des chanteurs semble avoir été réalisée avec soin.

Crédits photographiques : © Matthias Baus

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