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Dialogues des Carmélites à Munich

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Munich. Nationaltheater. 28-X-2012. Francis Poulenc (1899-1963) : Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes (12 tableaux) sur un livret du compositeur d’après la pièce de Georges Bernanos. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec : Jochen Schmeckenbecher (Le marquis de La Force) ; Sally Matthews (Blanche de La Force) ; Yann Beuron (Le chevalier de La Force) ; Sylvie Brunet (Mme de Croissy) ; Susanne Resmark (Mère Marie) ; Soile Isokoski (Mme Lidoine) ; Anna Virovlansky (Sœur Constance) ; Heike Grötzinger (Mère Jeanne) ; Angela Brower (Sœur Mathilde)… ; Chœur de l’Opéra d’Etat de Bavière. Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Kent Nagano

L’unique opéra de n’est certes pas, sinon peut-être en Allemagne, une véritable rareté, mais il n’est pas si fréquent qu’on ne saisisse l’occasion de le voir où qu’elle se présente. La reprise de la production munichoise de (documentée par un DVD Bel Air Classiques, Clef ResMusica) placée entre les mains expertes de n’est pas la moins tentante de ces occasions, malgré les critiques parfois virulentes qu’avait subi la mise en scène de Tcherniakov lors de sa création.

Évacuons, s’il est possible, le point noir de cette production : la scène finale où Blanche, après avoir sorti ses compagnes de leur prison, y entre pour exploser avec elle, est sans doute une autre manière d’illustrer la pensée de sœur Constance, Blanche prenant sur elle le martyre de toutes les autres ; la scène n’en est pas moins peu musicale, peu convaincante dramatiquement, peu logique même avec le spectacle qui précède. Spectacle qui, lui, est en tout point admirable. Certains critiques l’ont accusé de gommer la religiosité de l’œuvre en transformant la communauté religieuse en simple communauté rurale, une sorte de kolkhoze : tout au contraire, en enfermant les religieuses dans une construction de bois basse aux murs transparents, en leur donnant des habits de tous les jours, en montrant ces femmes dans leurs tâches les plus quotidiennes, Tcherniakov montre avec une force inouïe la puissance de ce qui les réunit, de ce qui les transcende et les envoie à la mort consentie : la puissance de la foi de ces femmes éclate d’autant plus qu’elle n’est pas montrée. Dialogues des Carmélites est, après tout, et sauf preuve du contraire, le seul opéra du répertoire où on parle d’un fer à repasser. En affublant les religieuses de vieilles nippes sans caractère, Tcherniakov retrouve le sens originel de l’habit : non pas une orgueilleuse distinction d’élues, mais un renoncement au monde, une négation de la tyrannie des apparences. Blanche, qu’on voit dans une saisissante scène muette au début de l’opéra bousculée par une foule suractive, alterne entre volonté d’intégration dans cette collectivité et domination de son angoisse dès que la normalité est perturbée : la force de la direction d’acteurs de Tcherniakov n’a rien perdu de sa force à l’occasion de cette reprise dont on espère qu’elle ne sera pas la dernière.

Le spectacle ne monte musicalement pas tout à fait aux mêmes hauteurs. Certes, connaît à merveille une œuvre dont il a dirigé le meilleur enregistrement existant, mais l’admirable orchestre de l’Opéra de Munich n’a ces dernières années jamais vraiment réussi à se faire à la musique française, que ce soit chez Massenet, chez Messiaen ou chez Poulenc. La distribution, elle aussi, manque parfois cruellement de maîtrise de la diction française, ce qui peut être destructeur dans cette œuvre – l’aumônier en est un exemple. La plus émouvante chanteuse de la soirée n’y échappe d’ailleurs pas : bouleverse en toute simplicité, mais il faut parfois reconstituer la lettre du texte derrière l’impeccable ligne de chant. Contrairement au chevalier toujours élégant et fougueux de , Sylvie Brunet n’est elle-même pas irréprochable en matière de diction : ses difficultés à faire passer le texte coulent l’essentiel de sa première scène, mais elle parvient à libérer sa voix pour aboutir à une scène de mort aussi musicale qu’émouvante.

Reste le cas de Blanche. En 2008, n’avait guère convaincu, faute d’intensité dramatique, de maîtrise du style unique de Poulenc, mais aussi faute de diction correcte. , avec sa voix large et vibrante, est très investie, et certains passages lui réussissent particulièrement bien ; cependant, le problème de la diction n’est pas résolu, et la largeur de la voix, avec le manque de souplesse qui l’accompagne, engloutit trop souvent les finesses de l’écriture vocale de Poulenc. Cette nouvelle distribution est donc certainement positive, mais il faudra encore attendre pour voir surgir une nouvelle Blanche entièrement satisfaisante aussi loin à l’Est de Compiègne. La mise en scène bouleversante de l’aurait bien mérité.

Crédit photographique : © Wilfried Hölzl

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Munich. Nationaltheater. 28-X-2012. Francis Poulenc (1899-1963) : Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes (12 tableaux) sur un livret du compositeur d’après la pièce de Georges Bernanos. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec : Jochen Schmeckenbecher (Le marquis de La Force) ; Sally Matthews (Blanche de La Force) ; Yann Beuron (Le chevalier de La Force) ; Sylvie Brunet (Mme de Croissy) ; Susanne Resmark (Mère Marie) ; Soile Isokoski (Mme Lidoine) ; Anna Virovlansky (Sœur Constance) ; Heike Grötzinger (Mère Jeanne) ; Angela Brower (Sœur Mathilde)… ; Chœur de l’Opéra d’Etat de Bavière. Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Kent Nagano

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