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Lieder d’été à l’Opéra de Stuttgart

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Stuttgart. Liederhalle, Mozartsaal.
25-VII-2020. August Klughardt (1847-1902) : Schilflieder op. 28, pour alto, hautbois et piano ; Robert Schumann (1810-1856) : Liederkreis op. 24 ; Johannes Brahms (1833-1897), Josephine Lang (1815-1880) : Lieder. Stine Marie Fischer, alto (voix) ; Hedwig Gruber, alto (instrument) ; Katrin Stüble, hautbois ; Virginie Déjos, piano
26-X-2020. Airs d’opéra extraits de Carmen et La Cenerentola ; extraits de musicals et mélodies de Leonard Bernstein, Fred Raymond, Alexander Olshanetsky, Richard Rodgers, Mischa Spoliansky. Helene Schneiderman, mezzo ; Götz Payer, piano

et pour deux concerts très différents.

Fischer, Stine Marie © Philipp Arnoldt Photography_30x40cmToujours dans le cadre de sa programmation d’été spécial Coronavirus, l’Opéra de Stuttgart propose deux soirs de suite, dans la petite salle de la Liederhalle, des récitals de membres de la troupe. Le premier soir, c’est l’alto qui est sur scène, en compagnie de membres de l’orchestre de l’Opéra et d’une pianiste, la cheffe de chant Virginie Déjos. Le programme comprend sous le signe de la poésie romantique des œuvres bien connues, mais aussi de grandes raretés : l’œuvre qui ouvre la courte soirée fait référence à la poésie de Nikolaus Lenau, mais elle est purement instrumentale, alto et hautbois tenant le rôle de la voix. n’appartient pas aux premières générations du romantisme allemand, mais son admiration pour Wagner n’est guère audible dans ses Schilflieder de 1872 : un enregistrement avec Albrecht Mayer et Tabea Zimmermann (Decca, 2012) permet d’en avoir une idée précise, mais pas l’interprétation de ce soir, beaucoup trop timide, avec un alto parfois à la limite de la justesse : il n’est pas facile de passer du collectif orchestral à l’affirmation individuelle, les jeunes musiciennes de l’orchestre de l’Opéra en font ce soir les frais.

Stine Marie Fischer, elle, chante des œuvres inspirées par la poésie de Heine. L’opus 24 de Schumann permet d’admirer la beauté d’un timbre d’alto large et chaleureux, mais l’humour et le sens du demi-mot que partagent Heine et Schumann ne sont pas vraiment là. La suite du programme met mieux en valeur ses grandes qualités, qui sont d’abord celles d’une chanteuse d’opéra : l’expressivité du premier des trois Lieder de Brahms, Der Tod, das ist die kühle Nacht, permet de montrer toute la plasticité de sa voix, dont le volume habilement contrôlé aide à l’émotion.

La plus grande originalité du programme, cependant, est la présence de quatre Lieder de , chanteuse mais aussi compositrice de plus d’une centaine de Lieder, qui ont souvent eu les honneurs de la publication et reçu le respect des grands compositeurs de son temps, à commencer par Schumann. Ces Lieder sont une belle surprise, par leur ambition d’abord – la compositrice était aussi bien chanteuse que pianiste, et la richesse de l’accompagnement s’en ressent. Stine Marie Fischer y fait montre des mêmes qualités que chez Brahms : on aimerait beaucoup en entendre plus.

Le second concert est d’une toute autre nature. La lecture du programme peut laisser dubitatif, mais c’est que la cohérence est autre : sous le titre « Plus que la moitié de ma vie », la mezzo-soprano américaine vient raconter en une heure tout son parcours pour un concert qui constitue sa dernière prestation en tant que membre de la troupe de l’Opéra de Stuttgart, 34 ans après y être entrée. Les spectateurs de l’Opéra de Paris se souviendront peut-être d’elle, puisqu’elle y a interprété de nombreux rôles secondaires dans les années 2000 ; les spectateurs de Stuttgart et d’ailleurs continueront à l’entendre dans les prochaines années, puisque cette retraite méritée ne marque pas son retrait de la scène. Carmen donc, un rôle qu’elle a beaucoup chanté ; des chansons en yiddish, pour rappeler l’origine est-européenne de sa famille rescapée de la Shoah ; un peu de musical aussi, à la fois comme souvenir d’un répertoire qu’elle a chanté comme étudiante et d’une rencontre avec … La voix reste saine, chaleureuse et riche ; le principe même du concert ne peut qu’inciter à l’indulgence, et la durée cumulée des moments musicaux pourrait être plus élevée, mais on y entend bien mieux qu’une chanteuse en fin de carrière. En deux soirées et en toute discrétion, l’Opéra de Stuttgart montre par l’exemple combien le système des troupes est un système vertueux, qui permet à des artistes singuliers de se développer harmonieusement.

Photo : Stine Marie Fischer © Philipp Arnoldt.

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Stuttgart. Liederhalle, Mozartsaal.
25-VII-2020. August Klughardt (1847-1902) : Schilflieder op. 28, pour alto, hautbois et piano ; Robert Schumann (1810-1856) : Liederkreis op. 24 ; Johannes Brahms (1833-1897), Josephine Lang (1815-1880) : Lieder. Stine Marie Fischer, alto (voix) ; Hedwig Gruber, alto (instrument) ; Katrin Stüble, hautbois ; Virginie Déjos, piano
26-X-2020. Airs d’opéra extraits de Carmen et La Cenerentola ; extraits de musicals et mélodies de Leonard Bernstein, Fred Raymond, Alexander Olshanetsky, Richard Rodgers, Mischa Spoliansky. Helene Schneiderman, mezzo ; Götz Payer, piano

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