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Falstaff, Frittoli, Antonacci, Muti… inoubliable !

Lorsque la première maison d’opéra veut rendre hommage à Verdi à l’occasion du centième anniversaire de son décès, on ne pouvait en attendre moins que l’inoubliable. Ce fut chose faite avec sa production de Falstaff.

Reconstitution, plateau d’étoiles, et maestro Muti. Les décors et costumes furent réalisés d’après une représentation historique de 1913. Pour les célébrations du centenaire de la naissance de Verdi, Toscanini avait dirigé l’œuvre en ce même Teatro Verdi de Milan, avec orchestre réduit. Pour un autre anniversaire, les cent ans de son décès cette fois, la Scala reprenait ce spectacle, dans sa version « opéra de chambre », suivant ainsi le souhait de Verdi. Ces positions ne sont pas sans incidence sur la sonorité d’ensemble. L’importance des instruments à cordes est réduite tandis que les vents se trouvent largement mis en relief.

En Falstaff, réalise une composition toute en finesse. Il est aussi crédible en bouffon qu’habile dans l’élégie lorsqu’il se veut séducteur. Le baryton se joue aisément de la voix de tête et est homogène sur toute la tessiture. Alice de charme, éblouit par l’insolence de sa technique : souplesse de la voix, aigus, médium et graves bien assis, il n’est que le beau timbre de bronze d’ pour lui donner un pendant à son niveau. est un Ford parfait, bon acteur et bien chantant. Bernadette Manca di Nissa est une entremetteuse drôle et vocalement agile. Une distribution qui approche de la perfection avec peut-être un bémol pour les deux sbires et le Dr. Cajus mais les voix ne conviennent-elles pas à ces rôles bouffe ? On ne saurait citer toutes les scènes d’anthologie. Notons seulement le parfait quatuor féminin au second tableau de l’Acte I où , , et Bernadette Manca di Nissa, plus que jamais « joyeuses commères de Windsor » ont une complicité de troupe communicative.  et sont deux jeunes premiers délicieux de fraîcheur. Lui, augurant sa fulgurante carrière internationale, la sensibilité, la musicalité et le charme des grands ténors légers, elle la précision et la virtuosité que l’on sait.

Si la scénographie a fouillé dans les cartons de la Scala pour les décors et costumes, la direction d’acteurs est vivante et rythmée. Les valets jouent franchement la comédie mais la drôlerie des commères n’exclut pas de la représentation la douceur des amours de Fenton et Nanetta. Au second tableau du II, pour que Nanetta et Fenton puissent se « promener » au milieu de la maison des Ford deux domestiques tendent derrière eux une tapisserie. Artifices d’une représentation à l’ancienne et poésie du dispositif. Sous l’atmosphère shakespearienne et élisabéthaine, c’est italien, c’est léger autant que brillant et la commedia dell’arte n’est jamais loin.

Conscient qu’il écrivait son dernier opéra, Verdi trouvait des accents baudelairiens (« Maintenant, va, mon Livre, où le hasard te mène », Poèmes Saturniens) lorsqu’il écrivit sur sa partition « Va, va, vieux John… Va ton chemin du mieux que tu pourras ». Cent ans plus tard, le vieux John se porte bien, ici servi par ses meilleurs défenseurs.

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