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Espagnolades

L’heure espagnole

et pour un même concert. Le rapprochement s’imposait : lorsqu’il arriva à Paris, de Falla rencontra rapidement Ravel et devint son ami. De plus, la référence à l’Espagne s’impose chez l’un et l’autre. De Falla fut parmi les premiers à admirer la Rapsodie espagnole qu’écrivait alors Ravel et faisait découvrir à ce dernier son drame lyrique, La vida breve.

La genèse de L’Amour sorcier fut mouvementée. La version originale, gitaneria pour orchestre de chambre et cantaora (chanteuse de flamenco), créée en 1915, fut remaniée en profondeur et devint en 1916 un ballet en un acte pour orchestre symphonique et mezzo-soprano. Carmelo tente de séduire Candelas, une très belle jeune femme qui l’éconduit car elle est hantée par le souvenir d’un gitan qu’elle a aimé autrefois. Carmelo parvient à convaincre une amie de Candelas de se laisser courtiser par le spectre du gitan. Candelas accepte alors les avances du jeune homme et l’embrasse tandis que le spectre meurt. Dans ce ballet qui mêle à la danse le chant, retrouve les poses gitanes de sa Carmen et nappe sa voix chaude d’une belle vocalité flamenca. C’est au prix de quelques imprécisions en début de soirée que l’ prend ses marques. Par la suite, il se révèle remarquable, tant dans la cohésion du son d’ensemble que dans la virtuosité de nombreux pupitres (piano de la Danza del terror, hautbois de la Canción del amor dolido pour n’en citer que quelques-uns).

La phalange n’appelle à nouveau que les éloges après l’entracte et fait preuve d’une parfaite compréhension de l’orchestration de Ravel. L’heure espagnole est bien distribuée et les chanteurs ajoutent à leur excellente diction un jeu de scène discret et convaincant. mène son monde avec art et tente d’intéresser à son sort le maestro. La voix superbe de nous fait amèrement regretter que le rôle de Torquemada soit si court. Le second ténor, , surprend par une émission peu orthodoxe mais ravit en interprétant à merveille le rôle du ridicule Gonzalve au lyrisme hors de propos dans cette comédie domestique. Les barytons et complettent avec bonheur l’affiche, le premier en amant idéal aux forts biceps, le second en touchant barbon amoureux.

Crédit photographique : Marie-Ange Todorovitch © DR