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Nicolas Le Riche prodigieux dans Neumeier

Troisième Symphonie de

Pari gagné avec l’entrée au répertoire du de l’une des premières chorégraphies de Neumeier sur la musique de . est prodigieux de présence dans ce ballet fleuve, emblématique des années 70.

De prime abord, le pari n’était pas gagné ! Quelle mouche avait piqué , directrice du , de faire entrer au répertoire un ballet de 1975 signé  ? Au bout d’une dizaine de minutes, pendant lesquelles on peut avoir quelques frayeurs (les costumes style Star Trek sont très laids et plutôt datés), l’évidence saute aux yeux. a choisi ce ballet parce qu’il met en valeur toute sa compagnie et fait éclater, une fois de plus, son excellence technique. Qui plus est, la directrice de la compagnie savait aussi qu’elle pouvait compter sur une super nova pour transcender ce ballet : , qui, après le Boléro ou Quatre derniers lieder de Béjart, présentés cette saison, y est tout simplement prodigieux, d’une présence et d’une puissance extraordinaire.

Avec la Troisième Symphonie de Gustav Mahler, premier ballet sur la musique du compositeur allemand d’une longue série chorégraphiée par , le Ballet de l’Opéra national de Paris nous offre une œuvre principalement abstraite, sans décors ni costumes, qui dure près de deux heures et épouse avec subtilité les six mouvements de l’œuvre musicale. Le premier mouvement, sous-titré Hier, dure à lui seul une demi-heure. Trente minutes d’universalité et d’intemporalité où le chorégraphe américain célèbre le corps masculin et abuse, à l’image de Béjart, de bouquets acrobatiques et géométriques desquels émerge l’élu. La force et la cohésion du corps de ballet masculin dans ce premier mouvement laisse sans voix, et en tête.

Très différent, plus léger et ensoleillé, le deuxième mouvement, baptisé Eté, permet à deux couples de danseurs de briller. Pétillante, est une blonde épanouie face au discret , mais elle pêche par absence de vivacité et de légèreté. Plus déliée, plus fine, manque d’assurance face à dans une partie très technique qui ne supporte aucun défaut. Nicolas Le Riche, même s’il ne danse pas dans toutes les parties, ne quitte jamais le plateau, assurant une présence continue. Il rencontre chaque fois une femme, qu’il ne quitte pas des yeux ou à laquelle il donne la main, comme à Laure Hecquet dans le troisième mouvement (Automne), souriante et sereine. Face à ce couple solaire, le couple lunaire composé par et est d’une grande pureté.

Le quatrième mouvement, Nuit, a été écrit en 1947, préalablement au ballet, en hommage à , le chorégraphe qui engagea Neumeier au Ballet de Stuttgart. Ce mouvement nocturne, très intériorisé, est un trio d’une grande beauté musicale et chorégraphique. Entre Nicolas Le Riche et , , déjà remarquée cette semaine dans Le Parc, y est remarquable.

Plus terrienne, n’apparaît qu’au cinquième mouvement, sous la forme d’un Ange en académique pourpre. Très juvénile (elle saute à cloche pied), elle illumine ce mouvement plutôt court. Elle reviendra quelques minutes plus tard, partenaire de Nicolas Le Riche dans le sixième et dernier mouvement, Ce que me conte l’amour. La plénitude et l’harmonie parfaites de ce couple sur scène, comme à la ville, donneront toute leur mesure dans le pas de deux final, point d’orgue du ballet. Autour d’eux, l’impressionnante forêt de couples formée par les autres danseurs clôt une vision apaisante et paradisiaque dans une intensité dramatique croissante.

D’abord surpris, puis séduit et enfin véritablement conquis, le public a fait un triomphe au ballet et à l’, qui ont unis leurs talents pour une soirée dont seule la grande maison a parfois le secret.

Crédits photographiques © Nicolas Le Riche dans Troisième Symphonie de Gustav Mahler © Sébastien Mathé, et Nicolas Le Riche dans Troisième Symphonie de Gustav Malher © Sébastien Mathé, et Karl Paquette dans Troisième Symphonie de Gustav Malher © Sébastien Mathé