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Dialogues des carmélites chez les Ingalls

Ah il aime ça, la foule et les réactualisations, . Auteur de mises en scènes sulfureuses et dépoussiérantes, ayant suscité l’admiration générale (Eugène Onéguine, Wozzeck, La Khovanchtchina, Lady Macbeth de Mzensk) ou le rejet presque total (Macbeth) en passant par des avis plus que divergents (Don Giovanni), le voici qu’il s’attaque au monument lyrique français du XXe siècle, Dialogues des carmélites, dans une production du Staatsoper de Munich.

Une fois encore, ouverture muette, avec des figurants en costumes contemporains. Blanche est au milieu d’une foule qui se presse, indifférente, genre correspondance de station de métro en heure de pointe. Le décor est planté : Blanche est agoraphobe. Point d’hôtel particulier pour les de la Force, point de couvent, point de carmélites et point de Révolution française : Blanche trouve secours et solitude dans une communauté féminine baba cool retirée de tout, vivant dans une immense maison en bois. Sans le son, on croirait presque voir l’assemblée des femmes de Walnut Grove, le village de La Petite maison dans la prairie. Une fois de plus les rapports humains sont exacerbés jusqu’à la névrose. Blanche est agoraphobe, Mère Marie presque inhumaine – et peut-être lesbienne refoulée, le Chevalier de la Force cynique et veule, l’Aumônier est le propriétaire des lieux, forcément ivrogne, … Plutôt que de se rendre, les carmélites (enfin… ) préfèrent faire exploser leur retraite – et elles avec – avec des bouteilles de gaz. Finalement, nous ne sommes pas si loin, voire très près, de l’original de Bernanos : Blanche est une grande malade mise à l’épreuve par la dureté de vie au couvent, tiraillée entre sa vocation religieuse et ses attaches familiales. Débarrassés des ses habits cléricaux et historiques, Dialogues des carmélites n’ont plus ces relents réactionnaires qui ont pu porter tort à l’ouvrage, et portent dans cette mise en scène un message universel d’engagement, de traitrise et de résistance.

La distribution est à l’image de la production, homogène. La prononciation du français peut malheureusement parfois laisser à désirer, surtout pour le rôle principal. Un défaut certes de taille, mais c’est bien le seul. , pas toujours compréhensible, possède une voix de soprano dramatique qui sied bien au rôle de Blanche. Susan Resmark est une Mère Marie autoritaire à souhait et une Madame Lidoine bien en voix. Signalons aussi , Chevalier de la Force aux aigus insolents. Mais les triomphateurs de ce plateau sont les francophones, , et surtout Sylvie Brunet, Madame de Croissy totalement hallucinée, littéralement habitée par le rôle, et probablement une de ses meilleures interprétations à ce jour.

Enfin que demander de mieux, dans ce répertoire, que , qui connaît l’œuvre par cœur pour l’avoir maintes fois dirigée (surtout à l’Opéra-Bastille). L’orchestration de Poulenc brille de tous ses feux, surtout servie par l’excellent orchestre du Staatsoper de Munich. Comme à l’accoutumée, la réalisation d’Andy Sommers sert efficacement le drame.