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Rigoletto à Aix, beaucoup de cirque pour rien

Quel est le but du Festival d’Aix en programmant Rigoletto ? Fêter Verdi ? Nul besoin du festival pour ça. Se recentrer, selon les désirs du directeur général Bernard Foccroule, sur un répertoire plus « méditerranéen » ? Ce ne sont pas les opéras italiens qui manquent (et pour cause). Tailler des croupières à Orange en programmant le même répertoire ? Mauvaise idée. Etre une prolongation estivale de la saison de l’Opéra de Marseille ? Sans commentaires.

Quitte à programmer Rigoletto, autant que ce soit avec une distribution d’exception, une mise en scène sensationnelle et une direction d’orchestre somptueuse. A l’instar de La Traviata en 2011, seul le dernier paramètre est retenu. Le LSO, pour sa dernière année de résidence, reste exceptionnel grâce à la direction sans failles de . L’ancien assistant de Gergiev, qui mène depuis près de deux décennies une carrière internationale bien remplie, connait la partition du bout des doigts et fait ressortir les sortilèges orchestraux de Verdi – bien plus nombreux qu’on peut le croire. Le plateau en revanche… est un très bon Rigoletto – rôle dont il est un des meilleurs spécialistes, nous change en Gilda des piou-piou colorature habituelles – ce n’est pas pour rien que Toscanini demandait dans ce rôle Zinka Milanov qui était soprano dramatique. En revanche  fait partie de ces bellâtres hurlants dont on n’entendra plus parler dans quelques années : aigus saturés, effets grossiers, absence de style et de ligne de chant… un physique de jeune premier ne fait pas tout. La voix sans projection de ne passe pas l’orchestre. L’ensemble des seconds rôles est luxueux (, , ) et la très bonne surprise de la soirée fut (Sparafucile), jeune basse hongroise qui a toutes les qualités pour poursuivre au plus haut niveau une carrière déjà très bien commencée. Une distribution qu’on peut retrouver de septembre à juin à Lyon, Marseille ou Toulouse.

Le véritable point noir de cette production reste la mise en scène de . L’action se passe dans un cirque, le Duc de Mantoue en est le directeur, Rigoletto son clown attitré. La cour est fait faite d’hommes riches désoeuvrés qui alternent putes et champagne. Non pas que Rigoletto doit absolument se dérouler à Mantoue sous la Renaissance, mais cette transposition hasardeuse prive l’action de ses effets : où sont les notions d’honneur et de famille ainsi que l’esprit de la malédiction, tous typiquement méditerranéens ? Déguisé en Krusty le clown, on attendrait presque de qu’il entame « Vesti la giubba... » mais non, nous ne sommes pas dans I Pagliacci. s’essaie à la provocation mais il n’a pas à ce niveau le génie d’Olivier Py. Quelques dames seins à l’air pour affrioler le bourgeois, les fesses du ténor pour émoustiller la bourgeoise… Sans parler de l’effet « théâtre dans le théâtre » avec les gradins de cirque, des figurants acrobates qui courent, roulent, sautent ou dégringolent, Maddalenna en Amy Winehouse et Sparafucile en mafieux grunge, du déjà vu ressassé mille fois.

Un Rigoletto qui ne vaut réellement que pour son orchestre. Aix peut mieux proposer à ses spectateurs.