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Cycle Rossini au Théâtre des Champs-Élysées : Tancredi

La transposition de l’action d’Otello à une époque contemporaine, le mois dernier, dans le même cycle Rossini du Théâtre des Champs-Élysées (lire notre chronique), avait au moins l’intérêt d’être un concept. Celle de Tancredi actuellement présentée n’a pas le moindre prétexte à opposer à sa vacuité. Que voyons-nous ? Des hommes en complet-vestons ou en uniformes noirs et peu seyants, des dames en talons aiguilles, des parois sombres, quelques meubles de bureaux, et… c’est tout ! On n’ira pas plus loin dans la description, car c’est moche, inintéressant, gratuit, et sans le moindre quart du bout d’une idée. Une version de concert aurait été plus économique, et moins irritante.

Fort heureusement, la distribution est de haut vol. Grande gagnante à l’applaudimètre, illumine la scène de sa beauté physique et vocale, de sa présence, et de sa science du belcanto. Les roulades et les embellissements sont stupéfiants de précision. Cependant, certains aigus sont incertains, et l’incarnation du personnage manque légèrement de sentiments.

Pour lui donner la réplique, est une partenaire idéale. Les timbres des deux femmes se marient de façon parfaite, culminant dans un sublime duo d’amour au deuxième acte. Le rôle de Tancredi, surtout dans le finale tragique de Ferrare, donne lieu à très peu de déchaînements pyrotechniques, et la contralto est magnifique de sobriété et d’émotion contenue, même s’il est permis de penser, surtout dans une salle surchauffée et à une place inconfortable, que ce brave guerrier met bien longtemps à trépasser !

n’est peut-être pas le plus distingué des rois de Sicile, mais il en a exactement les moyens, avec une grande souplesse dans les vocalises et des aigus vaillants. fait montre d’un très joli timbre dans le rôle du méchant de service. On préfère le charmant Roggiero de à la terne Isaura de .

Alors qu’on remarque la cohésion et l’engagement du chœur, l’ effraie de prime abord, avec une ouverture débraillée, sans homogénéité, et des trompettes particulièrement intrusives. Puis, sous la baguette d’, les choses se mettent en place petit à petit, jusqu’à offrir une prestation des plus satisfaisantes.

Crédit photographique : (Amenaide) et Marie-Nicole Limieux (Tancredi) ; Marie-Nicole Limieux (Tancredi), (Roggiero) et (Orbazzano, à terre) © Vincent Pontet