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Les Brigands, réjouissants chevaliers de la table ronde

En cette fin d’année, La Compagnie offre avec Les Chevaliers de la Table ronde d’, un choix d’œuvre réjouissant, lors d’une importante tournée nationale — et même internationale avec cinq représentations au Théâtre Malibran à Venise.

Sur la scène, tout est zébré : les décors, les costumes, et dans une certaine mesure, les paroles aussi. Une sorte de syncope théâtrale qui joue volontiers avec l’anachronisme. Les rayures noir et blanc se conjuguent avec celles du drapeau de la Bretagne (symbole du patriotisme celte version moderne ?) et de la tenue de « foot » des chevaliers.

L’histoire se passe « entre le Moyen Âge et nos jours », dans « une baraque de fête foraine en bois, un château en quelque sorte », selon le metteur en scène (allusion peut-être à la baraque chantante de Miss Knife de Jean-Yves Rivaud et d’Olivier Py ?). Des parodies de grand-opéra, avec récitatifs expressifs et airs grandiloquents, avec des touches comiques ou interrompues brusquement par quelque chose de plus banal, familier, ou quotidien, constituent elles aussi une absurdité jubilatoire. La manière « rap » avec laquelle parle Roland, est l’exemple le plus flagrant de ce joyeux mélange déjanté. En effet, cette version est une relecture avec les filtres d’aujourd’hui, comme on l’a toujours pratiquée dans le genre opérette. Outre des ajouts musicaux extraits de la version de 1872 à celle, initiale, de 1866 (car il existe deux versions de cette œuvre), on assiste à l’introduction ingénieuse d’œuvres d’autres compositeurs contemporains : au début de l’acte III, avec Roland endormi, on pense irrésistiblement au prélude de Lohengrin de Wagner — le compositeur allemand appréciait au plus haut point le « compositeur toqué » — ; dans le même acte III, on assiste à une possible allusion de la scène de rêve de La Belle Hélène d’Offenbach, pour parler du rêve de Roland.

L’œuvre est réalisée avec grand soin, à commencer par la transcription de . Tout en conservant le nombre important de chanteurs, il confère à la partie orchestrale une légèreté aérienne en même temps qu’une consistance, avec seulement douze instrumentistes, donnant l’illusion qu’ils sont plus nombreux. Tous les chanteurs excellent dans l’art du théâtre. La performance des rôles principaux est particulièrement remarquable : le double talent de chanteur et de comédien de , en tant que Rodomont, est surprenant ; est une duchesse Totoche « vraisemblablement semblant » comme aurait dit ; accentue encore son génie comique dans le saugrenu, avec le rôle de Merlin; en Médor fait preuve de grande envolée vocale solaire; a une diction parfaitement claire, doublée d’un timbre et d’une projection tout aussi limpide. Les caractères ridicules des quatre chevaliers, la naïveté maligne de Sacripant, l’ambiguïté de la personnalité de Mélusine, Fleur-de-Neige dans la peau d’une femme de chambre, sont aussi joués et chantés avec excellence. Et le tout est dirigé avec l’attention extrême et bienveillante par , spécialiste du genre. Après un tour de table de chaque personnage pour former des couples pas forcément comme ils l’imaginaient au début, nos chevaliers et ceux qui gravitent autour nous offrent une légèreté et une gaieté au cœur, comme nous en avons tant besoin en ce moment.

Crédits photographiques : © Guillaume Bonnaud