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Philippe Herreweghe excelle dans La Création de Haydn

On croyait la discographie du chef d’œuvre de Haydn saturée. C’était sans compter la lecture fraîche et vivifiante de , à la tête du et de l’Orchestre des Champs-Elysées.

Tous les grands se sont intéressés au sublime chef d’œuvre de Haydn. Dans la famille des chefs essentiellement romantiques avec orchestre moderne, on trouvera Bernstein, Davis (LSO Live notamment), Haitink,  Jochum, Karajan (DG), Kubelik, Levine, Mariner, Mehta, Muti, Tennstedt (LPO), et bien d’autres encore. Chez les « baroqueux », demandez Christie, Gardiner, Harnoncourt, Hengelbrock, Hogwood (récemment réédité par l’Oiseau-Lyre)Jacobs (Harmonia Mundi), Spering (Naxos, Clef ResMusica) etc. Tous, les uns comme les autres, ont une proposition ferme et convaincante, avec à chaque fois une brochette de solistes remarquables, aux voix plus ou moins vibrées selon les options esthétiques mises en avant. Que pouvions-nous espérer d’une nouvelle version ?

À la tête de l’, formation destinée à interpréter sur instruments d’époque le répertoire de la deuxième moitié du XVIIIe siècle ainsi que celui du XIXe, de Haydn à Mahler, propose une voie moyenne, à mi-chemin entre les élans pré-romantiques des premiers et la rhétorique classique héritée du baroque prônée par les seconds. Les instrumentistes, parfaitement différenciés au sein d’une masse orchestrale d’une rare homogénéité, font tous honneur à l’orchestration raffinée de Haydn. Dans cet ouvrage particulièrement descriptif, où le figuralisme musical est encore de mise, il incombe à chacun de trouver sa juste place. On goûtera tout particulièrement le délicat perlé du pianoforte, qui sait aussi bien se fondre dans l’orchestre qu’accompagner les récitatifs. Que du bonheur aussi du côté des trois solistes, avec des voix jeunes et fraîches comme on aime en découvrir. Le jeune , récemment révélé dans L’Enlèvement au sérail dirigé par René Jacobs, possède la couleur idéale pour ce répertoire, de même que , soprano velouté au timbre de roses, capable de vocaliser sur toute l’étendue de la voix et de rendre justice autant à l’archange Gabriel qu’à Ève. s’acquitte lui aussi avec finesse et autorité des rôles d’Adam et de Raphaël. Quant au , on ne sait s’il faut davantage s’incliner devant la précision et la justesse de l’intonation ou devant la ferveur de l’engagement.

Qu’on se le dise, cette version « classique », dans le sens où elle ne cherche ni à déranger ni à « révolutionner », pourrait bien se hisser tout au sommet d’une discographie déjà riche et abondante.