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Postmodernité de Cunningham et Forsythe à Garnier

Le Ballet de l’Opéra de Paris inscrit à son répertoire trois pièces très différentes de et . De Walkaround Time, hommage déstructuré à Marcel Duchamp à Herman Schmerman, jubilatoire déconstruction de la danse classique, un regard étonnant sur deux grandes figures de la danse américaine du XXe siècle.

n’en était pas à son premier coup d’éclat quand il chorégraphia en 1968 à Buffalo le ballet Walkaround Time, inspiré d’une célèbre œuvre de Marcel Duchamp, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même. Jasper Johns se chargea d’éclater l’œuvre du peintre français en parallélépipèdes de plastique répartis dans l’espace. Pour la musique, il demanda à David Behrman de travailler à partir de sons trouvés que la spatialisation permet aujourd’hui de mieux entendre.

Près de 50 ans après sa création, la pièce entre au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris avec une distribution impeccable, majoritairement composée de quadrilles et de choryphées. Tissus techniques obligent, les académiques d’aujourd’hui sont un peu moins vintage et sans doute plus seyants pour les danseurs ! La pièce est pleine de surprises, réservant une petite pause détente pendant laquelle les danseurs s’étirent et enfilent leurs jambières. Une référence à l’Entracte cinématographique de René clair dans Relâche, le ballet dadaïste des Ballets Suédois en 1924, où Duchamp joue aux échecs avec Man Ray.
La chorégraphie, austère et exigeante sur scène, est aussi dans la fosse, où l’ingénieur du son fait littéralement danser sa main pour piloter la spatialisation du son. Le public est dérouté, en particulier à la lecture des commentaires de Marcel Duchamp sur sa propre œuvre, contenus dans la fameuse Boîte verte que l’artiste avait constituée pour transmettre ses œuvres à la postérité. On y apprend le rôle des machines célibataires, ces mécanismes érotiques assemblés à la fin du spectacle dans une reconstitution du tableau.

C’est par un concours d’ego que commence le Trio de , qui ouvre la deuxième partie de la soirée. Chacun des interprètes exhibe ses articulations (poignet, genou, coude, épaule, cou, cheville) pour mieux les enchaîner en mouvements par la suite. Un remarquable travail sur les transferts de poids du corps. Stephen Galloway est passé par là… Ses costumes sont encore plus bariolés que les jambières de l’un des danseurs du premier ballet. Ici aussi, tout est déconstruit ! Le second mouvement du Quatuor n° 15 en la mineur de Ludwig van Beethoven passe en boucle. , la plus espiègle des étoiles, a l’air de s’amuser. et se demandent ce qu’elle leur veut. Les trois danseurs jouent le jeu. Le chorégraphe joue sur nos nerfs. On peut dire qu’il manie à la perfection l’art de la frustration. C’est fluide, virtuose, malin…

Hermann Schmerman commence par un brillant quintette en noir, dans lequel les deux garçons, et , font assaut de fulgurance et de rapidité, aux côtés d’, Roxane Stojanov et Caroline Osmont. Les costumes sont signés , c’est chic ! Parfois, on se croirait au music hall… Le ballet se poursuit par un duo mélancolique et sombre au départ, puis plus lumineux lorsqu’ et revêtent des jupettes plissé-soleil de couleur jaune, du meilleur effet. Les danseurs tirent tous leur épingle de ce jeu malicieux et totalement jubilatoire.

Photos : © Ann Ray / Opéra national de Paris

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