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Louis Frémaux et le City of Birmingham Symphony Orchestra

Ce magnifique coffret consacré aux gravures du sous la direction de (1921-2017), n’aura hélas pas pu combler de joie le grand chef d’orchestre français, décédé le 20 mars dernier à l’âge de 95 ans.

C’est à la firme de disques française Erato et son excellent directeur artistique Michel Garcin (1923-1995), que nous devons tant de révélations de personnalités musicales du plus haut niveau dans les années 50 : il suffit de citer Marie-Claire Alain, Maurice André, Lily Laskine, Jean-Pierre Rampal, Robert Veyron-Lacroix, Jean-François Paillard et tant d’autres, pour évoquer bien des souvenirs… Mais l’une des découvertes les plus fascinantes de l’équipe Erato à cette époque est bien celle de , choisi en 1956 par le Prince Rainier de Monaco pour porter l’Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo à un niveau et une reconnaissance internationales. Intelligemment, Michel Garcin utilisa les talents exceptionnels de pour enregistrer des œuvres de musique chorale française alors peu ou pas représentées au disque : Campra, Charpentier, Delalande, Du Mont, (dont les deux gravures pionnières du Requiem firent particulièrement sensation) ou Fauré (emploi précurseur d’un garçon-soprano, Denis Thilliez, dans le Requiem).

Cette expérience chorale se révéla très bénéfique pour l’établissement d’un des tout meilleurs chœurs britanniques, qui fut associé à l’Orchestre Symphonique de Birmingham lorsque Louis Frémaux en devint le directeur musical à partir de 1969 : la musique française et anglaise étant les deux pôles essentiels du chef à Birmingham (il avait une affinité particulière pour la musique de ), il n’est guère étonnant qu’il nous ait livré autant de références des Requiem de Berlioz et Fauré, des Gloria de et , ainsi que du Te Deum de ce dernier, tous ces enregistrements étant auréolés de la belle acoustique naturellement réverbérée de la Grande Salle de l’Université de Birmingham, et accentuée par la prise de son « quadriphonique » à la mode de l’époque.

Totalement dans son élément dans les « tubes » français (notamment España, Prélude à l’après-midi d’un Faune, L’Apprenti sorcier, Boléro), Frémaux nous en restitue toutes les couleurs, leurs subtilités rythmiques, le tout crépitant d’énergie et de vie avec le naturel confondant d’une improvisation constamment maîtrisée. La Symphonie n°3 « avec orgue » de Saint-Saëns, si souvent jouée de façon pachydermique, notamment dans les passages fugués du Finale, est ici irrésistible de vitalité et d’exaltation, une référence à l’égal de Paray-Dupré (Mercury) ou Munch-Zamkochian (Sony-RCA). Mais Frémaux ne s’en tient surtout pas aux œuvres courues, et avec les mêmes soins et la même intelligence, le voici défendant la Symphonie « Roma » où Bizet est tout de même loin de la réussite de sa célèbre Symphonie en ut de jeunesse… Un admirable disque publié à la même époque que celui de Jean Martinon forme avec ce dernier une anthologie éblouissante et sans équivalent, consacrée à un compositeur ami d’, mais trop peu joué… Ce même Honegger reçoit d’ailleurs une interprétation sans équivalent de son célèbre Pacific 231, où l’on entend enfin toutes les voix du contrepoint avec une clarté jamais atteinte. De même, remercions Louis Frémaux d’avoir créé au disque deux œuvres passionnantes de John McCabe (1939-2015), l’un des meilleurs compositeurs et pianistes britanniques de sa génération : la Symphonie n°2 (1971) et le cycle vocal pour soprano et orchestre Notturni ed Alba (1970), ici idéalement restitué par . Enfin, quel plaisir de retrouver aux côtés du chef ses amis de la famille Tortelier, en solistes défendant diverses pages de Lalo et Saint-Saëns, ainsi que la sympathique et trop rare pianiste brésilienne , excellente dans le Concerto pour piano de Poulenc.

Louis Frémaux avait hérité du City of Birmingham Symphony de ces deux merveilleux chefs-musiciens que furent George Weldon et . Même s’ils en avaient fait une phalange remarquable et accomplie, aucun d’eux ne put amener l’orchestre sur la scène internationale. Louis Frémaux, si ! Et lorsque Simon Rattle, prenant en main ses destinées en 1980, le déclara « meilleur orchestre français d’Angleterre », il ne pouvait faire de plus beau compliment au chef français.

Maintenant que Warner Classics dispose des légendaires bandes Erato et des autres EMI de Louis Frémaux, la publication d’un second album les rassemblant nous paraît absolument indispensable, d’autant que les bandes originales de ce coffret ont été remastérisées de manière exceptionnelle par le Studio Art et Son de Paris.