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La Vie parisienne, ou quand Offenbach passe à la télé

Comme beaucoup de saisons lyriques cette année, celle du Centre Lyrique Clermont-Auvergne ne pouvait pas faire l’impasse sur un ouvrage de alors que 2019 est l’année du bicentenaire de la naissance du compositeur.

L’Opéra national du Rhin avait fait mouche avec sa superbe découverte de Barkouf. La Vie Parisienne, quant à elle, n’a pas besoin d’un tel évènement que celui d’un bicentenaire pour une programmation régulière dans les salles. Et alors que y faisait apparaître Sonia Rykiel, et Geneviève de Fontenay, y met en scène Nana Mouskouri, Sheila, Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, Louis de Funès en gendarme de Saint-Tropez ou bien encore « Cloclo d’Alexandrie. » La comparaison s’arrête là. D’une jouissive Vie parisienne telle que celle vue à Bordeaux, on passe à une grossière caricature des émissions de variétés télévisées en mode sixties. Le décor de David Belugou était pourtant prometteur, fort d’un agencement minutieux de nombreux éléments modulables directement par les artistes sur scène, et de deux télévisions vintages faisant apparaître en direct le résultat final du show filmé (toujours un peu agaçant de constater que les artistes s’adressent à la caméra plutôt qu’à la salle même si c’est ici plutôt bien calibré).

Musicalement, il est vrai que cet opéra bouffe était destiné aux acteurs du Palais-Royal, mais depuis, La Vie parisienne a été exécutée autant par des comédiens que par des chanteurs lyriques. a fait le choix de privilégier le jeu à la voix, mais quand les problèmes de texte dans les dialogues parlés se font réguliers et que Thierry Jennaud dans son air « Je suis Brésilien, j’ai de l’or » révèle quelques difficultés de justesse et ne chante absolument pas en rythme avec l’orchestre, on se demande si le choix était véritablement judicieux. Ce casting permet ainsi d’attribuer à Pauline (Lucile Verbizier) un accent du Sud fortement prononcé avec « r » roulés compris puisque le personnage est devenu un sosie de Mireille Mathieu, ou encore la rock n’ roll attitude au Baron (), prestation menée toujours sans une once de finesse. Mais cette distribution ne privilégie pas les prestations vocales en tant que telles, hormis celle de en gantière (Gabrielle) tout en cuir noir vêtu. Les qualités de la voix de la soprano découverte dans un éblouissant Orfeo de poche à Agen puis aux Nuits musicales en Armagnac lui permettent de sortir du lot et de dépasser la vulgarité de son costume lors de son duo avec le bottier Frick (avec qui incarne par la suite le major grimé en Rabbi Jacob !), puis dans le célèbre air du gant. L’ensemble des acteurs menant à eux seuls l’intégralité des chorégraphies de Fanny Aguado, les danses se révèlent étonnamment sommaires, bien loin du french cancan tant attendu, et manquant de fougue tout autant que d’inventivité.

La démarche de cette production est complète quand la transposition dans les années 60 du « gai Paris » se déploie dans la mise en scène, l’adaptation des textes parlés, mais aussi par le biais d’une nouvelle orchestration de l’univers offenbachien. François Michels a donc été missionné pour un arrangement digne des orchestres de variétés des années 60, avec clavier ( à la direction) et guitare électrique, violon amplifié, trompette, clarinette, saxophone, trombone et batterie. La proposition est menée honorablement, mais est-ce véritablement Offenbach que nous écoutons ?

Crédits photographiques : © Nelly Blaya