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Un éblouissant Orfeo de poche à Agen

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Agen. Théâtre Ducourneau. 13-V-2016. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Orfeo, opéra en deux actes sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène : Emmanuel Gardeil ; costumes : Madeleine Nicollas ; cécors : Jean Ghilardini ; chorégraphies : Faustine de Tarnac ; lumières : Florian Pagès. Avec Philippe Estèphe, baryton, Orfeo ; Clémence Garcia, soprano, La musica / Euridice ; Romie Estève, mezzo, La Messagera / La Speranza ; Lionel Sarrazin, basse, Caronte / Plutone ; Paul Crémazy, ténor, Apollo / Pastor II ; Morgane Bertrand, soprano, Proserpina ; Angelina Warnier, soprano, La Ninfa ; Yohan Arbona, contre-ténor, Pastor I ; Romain Bazola, baryton, Pastor III ; Marine Gardeil, mezzo, Pastori ; Magali Jayles, mezzo ; Paul Gardeil, basse. Camille Suffran et Camille Antona, violon ; Estelle Besingrand, violoncelle ; Bertrand Gibert, guitare ; Jean-Michel Feix, accordéon. Direction musicale : Jean-François Gardeil.

© Paul FaveDix huit ans après une production mémorable à l’abbaye de Flaran, avec Les Passions Orchestre Baroque de Montauban et une prise de rôle de dans le rôle d’Orphée, la compagnie des , remet l’ouvrage sur le métier, d’une façon plus épurée, avec de jeunes chanteurs.

Depuis quatre-cents ans que cet ouvrage, considéré à tort comme le premier opéra, nous enchante, chacune de ses productions est une découverte et il nous parle et nous émeut toujours, dès lors qu’il est dans les mains de metteurs en scène et de chanteurs qui ont quelque-chose à dire. Passage de génération, la mise en scène est cette fois signée par , qui nous a récemment enchantés avec un Don Giovanni aux accents métaphysiques et de joyeuses adaptations de La Vie Parisienne ou des Noces de Figaro.

Loin des forces en présence lors de la création à Mantoue au début du XVIIe siècle, ou des opulents continuos avec moult chitarrones, théorbes et autres archiluths, avec forces cornets et sacqueboutes, l’ensemble instrumental réduit à un quintette est des plus originaux avec deux violons, un violoncelle, une guitare et un accordéon. Combinaison épurée a priori curieuse, qui surprend au premier regard, mais dont la musicalité ne heurte pas une oreille habituée au répertoire baroque. Et musicalement, cela fonctionne plutôt bien par une belle écoute entre les musiciens.

Le chœur rassemble dix chanteurs, dont les solistes, qui partagent parfois plusieurs rôles, selon un usage bien ancré dans cet ouvrage. Pour , que les rôles de la Musique et d’Eurydice soient interprétés par la même voix, souligne la responsabilité d’Orphée auquel sa femme est confiée par les liens du mariage et l’art par les soins de son père Apollon. De même, la basse identique pour Charon et Pluton signifie le monde infernal du royaume des morts.

Faire beaucoup avec peu

S’adaptant aux moyens réduits de nos théâtres de province, Les savent depuis longtemps faire beaucoup avec peu et Emmanuel Gardeil excelle à cet exercice, selon une admirable inventivité. Avec de beaux tableaux d’ensemble, il développe une fine direction d’acteurs avec mouvements et rythmique, qui donne à voir sur toute la scène. Et l’on apprécie les percussions corporelles du chœur, qui scandent les ritournelles.

Le décor minimaliste est fait de structures légères s’emboitant ensemble dans une esthétique graphique qui rappelle le style de Jean Cocteau, tandis que les costumes, à la fois dépouillés et sophistiqués de Madeleine Nicollas, évoquent une antiquité stylisée et intemporelle.

© Paul Fave

Avec un pari aussi audacieux dans la simplicité, c’est naturellement le chant qui domine et l’on n’est nullement déçu. Fidèle à sa vocation de révélation de jeunes talents, la compagnie des Chants de Garonne affiche une distribution de jeunes chanteurs professionnels des plus enthousiasmantes, associée à des seconds rôles et au chœur de chambre de la troupe, en grande forme.

L’Orphée de est éblouissant d’aisance vocale, comme de présence scénique pour un rôle écrasant. Au début d’une carrière prometteuse, le jeune baryton, nous émerveille à chacune de ses apparitions sur scène. Sa voix toujours bien placée est suffisamment étendue pour atteindre sans peine la tessiture parfois élevée du rôle, qui est aussi distribué à des ténors. Avec une voix qui se développe et se bonifie, l’Eurydice de est à la fois dramatique et touchante, tandis que la Messagère et l’Espérance de nous charme, sans oublier , convaincante en Proserpine. La basse de impressionne comme il se doit en Charon, puis en Pluton dans l’acte des enfers, qui est sans aucun doute le sommet de l’ouvrage. Les bergers du premier acte tirent également leur épingle du jeu, tandis que campe un Apollon Lumineux au tableau céleste de la dernière scène.

Il faut souligner l’enthousiasme communicatif des chanteurs, ainsi que la belle cohésion de cette production, qui sera reprise dans plusieurs festivals du Sud-Ouest au mois d’août. Le public agenais n’a pas boudé son plaisir.

Crédits photographiques © Paul Fave

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Agen. Théâtre Ducourneau. 13-V-2016. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Orfeo, opéra en deux actes sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène : Emmanuel Gardeil ; costumes : Madeleine Nicollas ; cécors : Jean Ghilardini ; chorégraphies : Faustine de Tarnac ; lumières : Florian Pagès. Avec Philippe Estèphe, baryton, Orfeo ; Clémence Garcia, soprano, La musica / Euridice ; Romie Estève, mezzo, La Messagera / La Speranza ; Lionel Sarrazin, basse, Caronte / Plutone ; Paul Crémazy, ténor, Apollo / Pastor II ; Morgane Bertrand, soprano, Proserpina ; Angelina Warnier, soprano, La Ninfa ; Yohan Arbona, contre-ténor, Pastor I ; Romain Bazola, baryton, Pastor III ; Marine Gardeil, mezzo, Pastori ; Magali Jayles, mezzo ; Paul Gardeil, basse. Camille Suffran et Camille Antona, violon ; Estelle Besingrand, violoncelle ; Bertrand Gibert, guitare ; Jean-Michel Feix, accordéon. Direction musicale : Jean-François Gardeil.

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