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Mats Ek sort de sa retraite pour le Ballet de l’Opéra de Paris

Quatre ans après son départ en retraite, Mats Ek revient à la chorégraphie à la demande d’Aurélie Dupont pour lui créer un duo sur mesure et une nouvelle version du Boléro pour les jeunes danseurs de la compagnie. En prime, son percutant Carmen fait son entrée au répertoire.

Avec Carmen, créé en 1992 avec Ana Laguna dans le rôle titre, Mats Ek poursuivait sa relecture des grands classiques comme Giselle ou Le Lac des Cygnes. Cette astucieuse synthèse dramatique n’est en effet lisible pour le public que parce que l’histoire de Carmen fait partie du patrimoine universel. Ses principaux épisodes sont connus, ce qui permet de reconnaître aisément les grandes scènes sur la place ou à la taverne, dans la montagne comme à la corrida.

La transcription par Rodion Chtchedrine de cette « Carmen Suite » de Bizet contribue à faciliter la relecture très concentrée de l’histoire de la cigarière fatale. Si le couple de Carmen et Don José formé par Amandine Albisson et Florian Magnenet est fade (un comble !), les deux personnages les plus intéressants de cette distribution de Première sont incarnés par Muriel Zusperreguy, pour la prise de rôle de M., alias Micaëla, et Hugo Marchand, qui danse Escamillo. La première a beaucoup mieux intégré le style chorégraphique de Mats Ek qu’Amandine Albisson, trop fluide et beaucoup moins effrontée que la créatrice du rôle. Nul ne s’étonne, par ailleurs, que le brillant toréador Escamillo remplace le terne Don José dans le cœur de Carmen. Les ensembles, en revanche, sont impeccablement campés par les danseurs du Corps de Ballet, qu’il s’agisse de la garde montante des dragons ou de la sortie des cigarières.

Mats Ek continue de réinventer le couple avec Another Place, son nouveau duo sur mesure pour Aurélie Dupont et Stéphane Bullion. C’est un prolongement naturel et intime de Place, le duo créé pour Mikhaïl Baryshnikov et Ana Laguna en 2007. Aurélie Dupont, modeste, et Stéphane Bullion, aux faux airs de Woody Allen, sont en parfaite harmonie dans ce duo aux astuces dramaturgiques surprenantes. Sobre et tendre, parfois amusés, le duo s’attend, fait la pause autour d’une table (véritable vedette) et d’un tapis, parfois volant ou se transformant en rocher. L’ensemble, d’une grande délicatesse, se déploie sur la totalité du plateau de Garnier, en exploitant la profondeur jusqu’au Foyer de la danse.

Encore plus audacieuse, la nouvelle version du Boléro concoctée par Mats Ek permet à une nouvelle génération de prendre le pouls et de se confronter à la partition de Ravel. Avec une scénographie originale et une dramaturgie décalée, le papy de la danse montre sa capacité à surprendre encore. La puissance de la musique est intacte, mais se fait entendre d’une autre manière, plus contemporaine, moins dramatique. Une réussite.

Crédits photographiques : ©  Ann Ray /Opéra national de Paris

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