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Sylvie Guillem est Carmen

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Paris. Théâtre du Châtelet. 19-II-2005. Ballet de l’Opéra de Lyon : Critical Mass (1998) de Russell Maliphant, musique de Richard English et Andy Cowton, lumières : Micheal Hulls, avec  : Ashley Chen et Jéremie Perroud. Carmen (1992) de Mats Ek, musique de Rodion Chedrine (Carmen Suite), d’après Georges Bizet et Prosper Mérimée. Scénographie et costumes : Marie-Louise Ekman. Lumières : Gœran Westrup. Assistante à la chorégraphie : Ana Laguna. Avec : Sylvie Guillem, Carmen ; Massimo Murru, Don José ; Antonio Ruz, Escamillo ; Fernando Carrion Caballero, Le Gitan ; Emmanuelle Brocin, M. Musique enregistrée.

Après Tricodex de Philippe Decouflé qui est repris à l’Opéra de Lyon jusqu’au 24 mars, le Ballet de l’Opéra de Lyon a présenté au Théâtre du Châtelet, comme deuxième spectacle, l’interprétation de de Carmen qu’il avait créé à Lyon en 1998 avec la grande , compagne et interprète privilégiée du chorégraphe suédois (voir « Le Quotidien » du 21 juillet 1998). Si est désormais chargée d’assister Mats Ek pour la reprise de ce ballet, c’est , danseuse-étoile de l’Opéra de Paris en exil au Royal Ballet de Londres, qui y danse le rôle-titre.

Magnifique compagnie dirigée par Yorgos Loukos, le Ballet de l’Opéra national de Lyon, beaucoup plus orienté vers les chorégraphies contemporaines que celles d’autres grandes villes françaises, avait certainement mieux à présenter comme lever de rideau que Critical Mass (1998). Le chorégraphe britannique , ancien danseur de la DV 8 Company, régulièrement invité au Festival d’Uzès, avait déjà présenté cette pièce en mars 2002 aux Rendez-vous chorégraphiques de Sceaux. Noyé sur la grande scène vide du Châtelet, ce duo (qui n’est pas l’exercice le plus facile pour convaincre) fort bien dansé par et , dont l’écriture inspirée de l’art martial brésilien de la capoiera, fondée sur la notion de poids contrepoids (dite danse-contact) de deux corps qui s’appuient l’un sur l’autre pour de répétitifs rebonds, glissements, effleurements, esquives, laisse un peu sur sa faim. Ceci, d’autant que la musique de Richard English et Andy Cowton, synthétisée, tour à tour agressive et New Age, mal diffusée par l’installation sonore assez pauvre du Châtelet, n’est pas de premier ordre. Maliphant a signé meilleur et la compagnie lyonnaise a mieux à son répertoire pour faire briller ses danseurs.

Carmen (créé à Stockholm par le Ballet Cullberg en 1992) reste l’une des meilleures chorégraphies de Ek avec sa Giselle. Elle est un saisissant raccourci, en cinquante minutes et six personnages principaux, de la nouvelle de Mérimée dans la vision de l’opéra de Bizet, réglé sur un arrangement de Rodion Chedrine (né en 1932). Le compositeur officiel soviétique avait réalisé au Bolchoï en 1967 pour sa femme, la danseuse Maïa Plissetskaïa, cette version pour cordes et percussions sur des thèmes de Bizet, parfois très librement puisqu’il puise aussi dans l’Arlésienne et les Pêcheurs de perles. Contrairement à Roland Petit qui avait utilisé un montage de l’opéra pour sa Carmen, Ek a préféré cette version plus racoleuse mais dramatiquement plus efficace. Le ballet fourmille d’idées formidables, la force de narration, plus proche de Mérimée que de Meilhac et Halévy, ne s’y relâche jamais, avec ce mélange de profondeur et d’ironie qui est la signature de Mats Ek. Dans un décor minimaliste mais ingénieux et des costumes volontairement sombres ou clinquants, la fumée des cigares et des allumettes est omniprésente, et Carmen, en guise de fleur, plante un cigare dans la bouche de José ! Les danseurs du Ballet de Lyon sont tous excellents, notamment qui joue le personnage de M., condensé de la Mère et Micaëla mais surtout Mort rodant autour des protagonistes comme une mauvaise fumée, aussi le Toréador, Antonio Ruz, et Jérémie Perroud que l’on retrouve ici en Capitaine. Reste le choix de pour le rôle-titre. Avec toute l’admiration que l’on a pour cette grande danseuse, force est de constater que lui manquent la présence dramatique, l’émotion, la passion, le piquant du personnage. La virtuosité est irréprochable mais, ayant vu la caractérisation d’, on ne peut que comparer et juger. Le public lui a réservé un accueil relativement tiède contrastant avec les ovations qu’elle reçoit quand elle revient danser les grands rôles du répertoire à l’Opéra de Paris. Son José, le danseur étoile du Ballet de La Scala de Milan incarne un homme naïf, passionné et très crédible car c’est à lui que tient de raconter l’histoire qu’il revit comme un flash-back au moment de son exécution.

Credit photographique : © DR

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Paris. Théâtre du Châtelet. 19-II-2005. Ballet de l’Opéra de Lyon : Critical Mass (1998) de Russell Maliphant, musique de Richard English et Andy Cowton, lumières : Micheal Hulls, avec  : Ashley Chen et Jéremie Perroud. Carmen (1992) de Mats Ek, musique de Rodion Chedrine (Carmen Suite), d’après Georges Bizet et Prosper Mérimée. Scénographie et costumes : Marie-Louise Ekman. Lumières : Gœran Westrup. Assistante à la chorégraphie : Ana Laguna. Avec : Sylvie Guillem, Carmen ; Massimo Murru, Don José ; Antonio Ruz, Escamillo ; Fernando Carrion Caballero, Le Gitan ; Emmanuelle Brocin, M. Musique enregistrée.

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