- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Zubin Mehta reprend Falstaff au Staatsoper Berlin

Créée en 2018 avec et , la mise en scène de Mario Martone pour Falstaff de Verdi au Staatsoper Berlin bénéficie, cette saison, de Lucio Gallo dans le rôle-titre et de à la direction, en plus du trio féminin déjà parfait depuis deux années.

, en meilleur santé que pour sa tournée d’adieu avec l’Israel Philharmonic en début de saison, profite de sa présence en fosse dans le nouveau Rosenkavalier du Staatsoper Berlin pour reprendre pendant cinq soirs le dernier chef-d’œuvre lyrique de Verdi. Au style souple et au geste lent vient s’ajouter une véritable force émotionnelle dans les grandes phrases symphoniques de l’ouvrage. Également, une attention particulière est portée afin d’accorder les couleurs des instruments de la aux climats du plateau. Seuls les moments plus dynamiques, notamment certains ensembles ainsi que la partie 2 de l’acte II et toute la fin du III, manquent de verve, malgré la qualité homogène d’un plateau légèrement renouvelé par rapport à la création de la production il y a deux ans.

Le plus marquant des éléments nouveaux est indubitablement Falstaff. D’abord, le traitement du cupide coureur par Mario Martone actualise le rôle. L’habituel vieil obèse, dont l’apparence physique suffit à faire douter d’un potentiel reste de libido, est remplacé par un quinquagénaire, qui dispose, malgré ses défauts, d’une attractivité à même de donner une crédibilité à ses penchants de Don Giovanni sur le retour. Ensuite, Lucio Gallo ajoute au rôle un esprit latin et une superbe ferveur. C’est aussi un interprète vocalement impliqué et scéniquement parfaitement ridicule lorsqu’il le faut, comme au moment de se cacher dans le panier avant d’être jeté à l’eau.

Des autres rôles masculins, seuls Ford et Fenton se démarquent, car même si Jan Martinik campe un Pistola grossier et grotesque, son italien et son style de chant ne mettent pas suffisament en valeur le personnage. Il en est de même du Dr Cajus de Jürgen Sacher comme du Bardolfo de , autant, voire encore plus, en difficulté avec une élocution qui bute souvent sur les mots de Boito, ce qui les dessert par rapport au reste de la distribution. Le Ford d’ montre peu d’autorité, mais apporte du naturel à ce mari cocufiable, et affiche une belle agilité vocale, tandis que le Fenton de Demuro offre un amant qu’on imagine passionné, quand il a face à lui la Nannetta de .


Des femmes, aucune n’hésite à se montrer en tenue d’été dans cette mise en scène. La maison des Ford bénéficie en effet d’une belle piscine de jardin, pour laquelle la production apporte également son lot de figurants masculins bien dessinés, qui ajoutent au comique du livret. Entre bikini et peignoir, livre une Nannetta espiègle et frivole, magnifique dans tout le registre, jusqu’à un aigu subtil, moins brillant qu’il y a quelques années. La gravité de son air de fin, en robe blanche pour produire un effet spectral à son apparition, montre la maturité de l’artiste (également Sophie en ce moment dans la nouvelle production straussienne de Berlin).

Mrs Quickly retrouve en une mezzo référente pour le rôle. Avec sa parfaite stature de maîtresse de maison, elle profite sur son transat des plaisirs de la vie bourgeoise. convainc toujours autant dans le rôle d’Alice Ford, magnifique dans la couleur de l’aigu et bien différenciée par rapport à la Meg Page de Cristina Damian. Tous profitent du Staatsopernchor bien préparé par , excellent dans la dernière scène.

L’action est actualisée et déplacée à Berlin par Mario Martone. L’habitat de Ford devient donc une villa moderne et design, sans doute dans la partie Ouest, tandis que les scènes de ville s’intègrent dans le Berlin Est du Berghain, indiqué par son Panorama Bar et des jeunes au II en train de peindre à la bombe des banderoles Welcome Refugees et No War, un dernier message également porté par Verdi au final de l’opéra.

Crédits photographiques : © Matthias Baus

(Visited 610 times, 1 visits today)