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Les Étoiles de retour à l’Opéra de Paris

Pour débuter la saison et après de longs mois d’absence, ce programme met en lumière les Étoiles et premiers danseurs de l’Opéra de Paris dans des pièces de format court.

En pendant du programme Noureev, qui présente des pas-de-deux du répertoire classique, Étoiles met l’accent sur le registre néoclassique. On y retrouve des maîtres du genre, comme , , , et, moins connu, le Britannique , ancien principal du Royal Ballet. La notion de danse « néoclassique » est ici entendue au sens large, car le programme comprend également une pièce de Marta Graham, figure de la modern dance américaine, ainsi que la très classique Mort du cygne de Mikhail Fokine, chorégraphe des Ballets russes de Diaghilev. Difficile donc de trouver un véritable fil rouge dans la composition de ce programme, en dehors de la volonté de mettre en lumière les magnifiques danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris.

Après ces mois de privation, voir surgir sur scène ces corps dansants procure une émotion intense. On retiendra particulièrement l’ouverture, tout en nuances et détail, de Mathieu Ganio dans le solo Clair de lune, d’ sur la musique de Debussy. Créé au London Coliseum de Londres dans le cadre du programme Men in Motion en 2017, ce beau solo fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris.
Mathieu Ganio danse également le pas de deux dit « à la campagne » de la Dame aux Camélias de Neumeier, avec une superbe , musicale et sensible. Le manque d’entrainement se fait toutefois sentir dans les portés, très physiques, qui manquent un peu de fluidité.

Hugo Marchand est peut-être le danseur qui se démarque le plus dans ce programme. Il excelle dans ses deux variations, Trois Gnossiennes de sur la musique de Satie, duo tout en maîtrise et en retenue avec , et A Suite of Dances de Robbins. Dans ce duo avec la violoncelliste , Hugo Marchand donne à ses geste un moelleux et une délicatesse exquis ; la scène de Garnier semble à peine à sa mesure lorsqu’il déploie ses ailes de géant. Puis, le rythme se faisant plus léger, plus nonchalant, Marchand laisse libre cours à sa joie de danser, son lâcher-prise croît à mesure que la fatigue augmente. Une interprétation magistrale digne des plus grands.


À noter également, Herman Schmerman de Forsythe, superbe pièce dansée avec fluidité et décontraction par et , qui font preuve d’une belle complicité dans ce duo à la fois virtuose et plein d’humour.

donne toute la mesure de son talent dans La Mort du cygne, morceau d’anthologie, créé par Anna Pavlova en 1907 et repris à foison par les plus grandes danseuses. La fragilité de ses bras, tout en nuances, traduit avec émotion la détresse de l’animal mourant. Cette première danseuse à la technique sans faille, dévoile ici ses qualités d’interprétation et prouve (s’il était besoin) qu’elle a toute sa place aux côtés des étoiles.

Enfin, Émilie Cozette, danseuse qui se fait rare et qui a évolué dans le registre contemporain, donne une interprétation forte du Lamentation de Marta Graham, pièce étrange où l’interprète, assise sur un banc, a le corps enserré dans un grand tissu élastique et ne dispose que du haut du corps pour traduire l’angoisse de l’enfermement, métaphore du corps prison de l’âme.

Le petit format de ces pièces (entre 3 et 14 minutes) convient parfaitement au retour sur scène des danseurs ainsi qu’à l’impératif économique (pas de décor et un minimum de costumes), et permet également de respecter la distanciation physique.

C’est un plaisir de revoir enfin ces danseurs en chair et en os, dont le bonheur de retrouver scène et public est palpable.

Crédits photographiques : Photographie n°1 : Mathieu Ganio dans Clair de Lune (c) Svetlana Loboff ; Photographie n°2 : Hugo Marchand et dans Trois Gnossiennes (c) Elena Bauer.

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