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Les huit étoiles, plus une, de La Bayadère

Une triple distribution de huit étoiles et la nomination de Paul Marque ont marqué l’unique représentation de La Bayadère filmée en direct depuis l’Opéra Bastille et diffusée sur la toute nouvelle plateforme numérique L’Opéra chez soi. Une captation qui peine à masquer la déception de tous les amateurs de ballet de ne pouvoir assister depuis la salle à la reprise de cette somptueuse production signée , Ezio Frigerio et .

Quel plaisir de revoir, même uniquement sur écran, cette somptueuse production ! Costumes, décors, lumières, tout concourt à la féerie… Ultra prêt après deux mois de répétitions, le Ballet de l’Opéra de Paris tente de donner son meilleur dans cette unique représentation. Une première pour les spectateurs qui peuvent ainsi voir des productions exclusives moyennant une petit dizaine d’euros, soit moins que le prix du programme vendu sur place.

L’Opéra de Paris a opté pour une double distribution au gré des trois actes du ballet, afin de permettre au maximum de danseurs et de solistes de danser et de montrer leur talent. La première Nikiya est , qui reste emblématique dans ce rôle depuis la dernière série de représentations en 2015. Encore une fois, elle est exceptionnelle, humble et hiératique en danseuse sacrée donnant à boire de l’eau à l’Esclave, lumineuse et amoureuse dans le duo avec Solor, dansé pour ce premier acte par Germain Louvet, qui lui a donné un rendez-vous nocturne devant le temple.

Plus somptueux encore, le deuxième tableau permet de découvrir tous les détails luxuriants du décor du palais dans lequel vit la précieuse Gamzatti, interprétée par , destinée à épouser le prince Solor. Le prince joue l’étonné lorsque son père, le Rajah, incarné ici par Yann Chailloux, l’informe de son projet et ne peut que se soumettre. La bayadère, toujours aussi sublime, conjugue élégance et retenue dans la danse votive, qui permet d’admirer sa ligne élancée.

Gamzatti surprend la révélation par le Grand Brahmane (Vincent Chaillet, plein de duplicité) du secret des amants au Rajah, et ne peut cacher son dépit. Les deux rivales se retrouvent face à face. est méchante à souhait et les deux étoiles témoignent toutes les deux d’un très grand talent d’actrices. Dispute, gifle, menaces, on se croirait au cinéma ! La princesse promet vengeance, mais nous n’aurons pas le loisir de la voir la mener à bien. Les danseurs solistes de ces deux premiers actes viennent en effet saluer, avant que le spectacle ne s’interrompe pour un entracte de 20 minutes.

Le deuxième acte introduit en l’espace de quelques minutes la nouvelle distribution des principaux protagonistes de cette histoire d’amour et de jalousie : en Gamzatti, Hugo Marchand en Solor et en Nikiya. Le décor majestueux des fiançailles sert de toile de fond aux divertissements : pas de quatre, solo de l’Idole Dorée dansé avec une parfaite maîtrise par Paul Marque, dont l’interprétation fine, précise et précieuse sonne presque comme de la danse baroque pour cette prise de rôle. Quant à la danse Manou, elle est interprétée avec esprit par .

La mise en scène prévoit de nombreux rôles de figurants ou de petits rôles d’accompagnement ou d’introduction dansés par des élèves de l’école de danse. Ceux-ci sont dûment masqués et l’on admire le talent des costumiers et costumières de l’Opéra de Paris d’avoir sur parfaitement assortir le masque aux costumes. L’effort physique parfois soutenu pour ces jeunes danseurs leur fait cependant parfois manquer de souffle.

Nouveau pas de quatre en tutus verts, avec aisance et belle unité de lignes, puis danse du fakir pleine d’énergie menée par , préparant l’entrée de Gamzatti et Solor pour l’un des plus beaux adages du ballet de Petipa et Noureev. Le manège d’Hugo Marchand est parfait et n’est pas en reste.

La nouvelle bayadère souffre à l’unisson avec Solor, dans un solo déchirant, et prend en souriant le panier de fleurs qui lui sera fatal. Persuadée que celui-ci est un cadeau de Solor, elle s’anime et accélère le rythme de sa danse. La danseuse est parfaite dans les deux registres et s’effondre dans les bras de Solor, victime d’un complot qui semble ourdi par toute une cour.

Nouveau salut des trois solistes devant le rideau, avant un nouvel entracte qui permet aux équipes techniques d’installer le décor du troisième acte. Fluide, suspendu, le troisième Solor est interprété par Mathias Heymann. L’apparition des bayadères du Royaume des Ombres, filmée de trop près, n’offre pas le saisissement qu’elle permet lorsque les spectateurs voient défiler une par une ces silhouettes en fond de scène. Certains équilibres sont encore un peu fragiles, mais l’unité de ces trente-deux danseuses est parfaite. Le pas des trois grandes ombres, assuré par Sae Eun Park, Silvia Saint-Martin et Hannah O’Neill est exceptionnel et on admire la ligne des ballerines de la compagnie.

Souplesse, moelleux, Solor dans son rêve nourri d’opium est vêtu de blanc et attend sa bayadère, ombre parmi les ombres. C’est la très blonde , aussi délicate et fine que son partenaire, qui interprète pour ce troisième acte la jeune danseuse sacrée. Bras et épaules de toute beauté pour l’étoile, qu’une deuxième récente maternité a transfigurée. Cet acte blanc est l’une des plus belles réalisations de , revivifiée par , avec un pas de deux d’une grande pureté et des grands ensembles sans fioritures.
Sae Eun Park est une révélation dans la première des trois variations, d’un niveau digne d’une étoile. Belle surprise aussi pour Silvia Saint-Martin, fière et ravissante et pour Hannah O’Neill impeccable dans ses équilibres.

Après le dernier pas de deux, dans lequel Solor et Nikiya sont lié par une écharpe, le final est spectaculaire et s’achève dans un silence glaçant et mortifère. Un nouvel enregistrement en public s’avère indispensable pour ressentir la vibration et la chaleur des spectateurs, les applaudissements lors des morceaux de bravoure ou des prouesses des danseurs et l’écho vibratile de la musique. Des applaudissements que l’on entend alors que la matinée s’achève par l’apparition d’ qui, muni d’un micro, annonce la nomination de Paul Marque, qui dansait le rôle de l’Idole Dorée, comme Danseur Étoile. Il avait accédé au rang de Premier danseur en mars 2018. Aucune nomination à ce titre n’avait eu lieu à l’Opéra de Paris depuis celle de Valentine Colasante, le 5 janvier 2018.

Crédits photographiques © Svetlana Loboff / OnP, © Little Shao / OnP

Mis à jour le 15/12/2020 à 13h04

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