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À Lausanne, les Carmélites d’Olivier Py bouleversent toujours

L'Opéra de Lausanne donne les Dialogues des Carmélites de dans la mise en scène inspirée d' portée avec une émotion de chaque instant par une extatique.

Depuis une bonne quinzaine de secondes, l'Opéra de Lausanne est dans le noir et le silence complet. Soudain, le public déchaîne ses bravos. Les artistes sont rappelés près d'une dizaine de fois sur le devant de la scène pour recevoir l'ovation d'un public comblé. Tout cela ne serait que dans la normalité la plus banale de l'expression d'un public satisfait si ces acclamations n'étaient celles d'une salle entière restant assise dans son fauteuil. Alors que, de plus en plus fréquemment la fin des spectacles est agrémentée de standing ovations faisant plus figure d'une mode que d'un irrépressible débordement de satisfaction, le public lausannois, comme envahi par l'émotion, reste cloué à son siège. Il est vrai que Dialogues des Carmélites tels qu'imaginés par et portés par la présence sublimée d'une (Blanche de La Force) en extase ont dispensé des flots d'émotion.

Et pourtant. Cette production a déjà tourné depuis sa création au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2013 et son passage au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles en décembre 2017. Le succès a voulu que Paris la reprogramme en février 2018 et en décembre 2024. Nos lignes ont, à juste titre, salué chacune de ces reprises. Alors qu'ajouter aujourd'hui ? Peut-être qu'en dépit d'une distribution lausannoise apparemment moins prestigieuse que celles de Paris ou de Bruxelles, le miracle de la potentialisation entre chaque personnage, le décor, la musique, l'orchestre, sa direction, la reprise de la mise en scène, les éclairages, le texte, le sujet, un infime ressenti à un quelconque instant, fait que nous avons assisté à un spectacle où chacun était en osmose avec l'esprit de cet extraordinaire opéra. Probablement l'un des plus bouleversants jamais composés.

Loin des livrets traitant d'amours contrariées propres aux opéras de la période romantique, l'histoire de ces seize religieuses carmélites accusées de fanatisme et de sédition sous le régime de la Terreur et guillotinées le 17 juillet 1794 pour avoir bravé l'interdiction de vivre en communauté est un drame absolu. Si dans l'instabilité caractéristique de notre époque, cet opéra occupe, peut-être, dans l'inconscient de chacun, une dimension insoupçonnée, la foi catholique et universelle d' ne pouvait que s'intégrer parfaitement dans l'esprit de ce drame. Pas de parasitage dans son approche scénique, seul le discours compte. Ses personnages sont admirablement dépeints. Le caractère de chacun émerge avec clarté en dépit du relatif enfermement des sentiments dans l'ambiance austère du couvent. Sans théâtralité débordante, il cerne parfaitement la peur chez Blanche de La Force, l'espièglerie chez Constance, l'angoisse de la mort chez Madame de Croissy, l'autorité chez Mère Marie.

Dans un décor d'une sobriété extrême mais d'une efficacité d'intention scénique remarquable, la direction d'acteurs est d'une précision horlogère. Certes l'intrigue douloureuse à l'issue tragique ne porte pas à l'improvisation hasardeuse. Ainsi, chaque protagoniste est partie prenante au drame.

Nous l'avons dit plus haut, la soprano (Blanche de La Force) domine le plateau par une présence vocale exceptionnelle. Un rôle qu'elle porte en elle depuis de nombreuses années. On retrouve toutes les qualités vocales que nous lui avions reconnues il y a 15 ans, avec, peut-être, ceci de particulier qu'aujourd'hui la voix de la soprano s'est structurée dans une expressivité plus profonde, apportant à son personnage une plus grande solennité. À Lausanne, alors que toute sa prestation est irréprochable et immensément artistique, le souvenir de la scène du Parloir, au deuxième acte, scène qui la confronte à son frère, le Chevalier de La Force, lui enjoignant de quitter le couvent et de fuir le danger qui la menace, elle et ses compagnes, restera comme l'un des moments les plus émouvants de la soirée. L'occasion de louer la prise de rôle exemplaire du ténor (Le Chevalier de La Force) dont la voix mozartienne est un pur régal. Aux côtés de ce couple vocal de rêve, on s'émerveille du choix des autres chanteurs de cette distribution. Une harmonie de timbres parfaites doublée d'une volonté de chacun de bien faire. Autre prise de rôle très convaincante, la soprano (Sœur Constance de Saint Denis) a ce qu'il faut de pétillant pour incarner la légèreté insouciante de son personnage. Avec (Madame de Croissy), la production offre un autre moment d'intense émotion avec la scène de l'agonie de la Prieure dont les gestes de désespoir projetés en ombres sur le fond de scène ajoutent à la peur viscérale de la mort que la contralto française exprime d'une voix terrifiante de vérité. Tout aussi notable, la prestation de la soprano (Mère Marie de l'Incarnation) la montre empreinte d'une voix solide et puissante capable de belles modulations. Aucun des autres protagonistes ne démérite, portés qu'ils sont par l'œuvre émouvante de Poulenc et par l'interprétation des leurs collègues. Une mention particulière au ténor Rodolphe Briand (L'Aumônier du Carmel) dont le qualité de chant n'a d'égale que la clarté d'une diction exemplaire. Une leçon !

Dans la fosse, l' est superbe de précision, dirigé qu'il est par la baguette très inspirée du chef portant la musique de avec une musicalité extrême.

Crédit photographique : © Carole Parodi

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