La Scène, Opéra, Opéras

Distribution parfaite pour Les Dialogues des Carmélites

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Avignon, Opéra-Théâtre d’Avignon. 27-III-2011. Francis Poulenc (1899-1963) : Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes et douze tableaux sur un livret d’Emmet Lavéry d’après Bernanos. Mise en scène : Jean-Claude Auvray. Décors : Antoni Taulé. Costumes : Chiara Donato. Avec Anne-Catherine Gillet, Blanche ; Paul Gay, Le Marquis de la Force ; Sébastien Droy, Le Chevalier de la Force ; Pauline Courtin, Sœur Constance ; Sylvie Brunet, Madame de Croissy ; Manon Feubel, Madame Lidoine ; Stéphanie d’Oustrac, Mère Marie de l’Incarnation ; Isabelle Guillaume, Mère Jeanne de l’Enfant Jésus ; Julie Mauchamp, Sœur Mathilde ; Léonard Pezzino, L’Aumônier du Carmel ; Philippe Fourcade, Geôlier, le Deuxième Commissaire ; Thomas Morris, Premier Commissaire. Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand), Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Jean-Yves Ossonce

Son nom n’apparaît pas dans le programme. Et pourtant, est l’acteur principal de la réussite de cette production des Dialogues des Carmélites. Conseiller artistique de l’Opéra-Théâtre d’Avignon depuis de nombreuses années, sa connaissance de l’opéra est indiscutable. Son expérience de la chose lyrique, son goût et sa perception des voix, son autorité en la matière ont trouvé ici son à-propos. En s’imposant un choix de solistes de langue maternelle française, s’est assuré de donner le poids des mots au texte de Georges Bernanos. Non seulement. Le choix des voix s’avère tout aussi judicieux. C’est donc d’une distribution à faire pâlir maintes maisons d’opéra dont cette production peut jouir.

Première d’entre toutes, (Blanche de la Force) impose son insolent talent de comédienne et sa désarmante clarté vocale pour incarner avec beaucoup d’émotion cette fille simple, habitée naturellement. Une fille pour qui le Carmel est l’évidence de son chemin de vie. Dans ce rôle, la très belle Sophie du récent Werther de Lyon est admirable. Dès l’ouverture du rideau, sa présence apparait miraculeuse. La fraicheur de sa voix, étoffée d’une puissance nouvelle, d’aigus lumineux, se love dans la vérité de son personnage, empreint du sacré. Tout en lui respire la maturité de sa démarche spirituelle.

Personnage parfaitement choisi tant pour sa théâtralité que pour sa vocalité, la soprano (Sœur Constance) campe la plus jeune d’entre les carmélites avec une vivacité magnifique. Pour cette prise de rôle, sa voix aux aigus éclatants même si légèrement stridents s’adapte idéalement à l’insouciante jeunesse du personnage.

La mezzo-soprano Sylvie Brunet (Madame de Croissy), incontournable du rôle, porte son personnage aux portes du génie interprétatif. Son agonie, sa peur de la mort parle au cœur et glace le sang. Pour l’avoir appréciée dans ce même rôle à Zurich en 2004 déjà, tout comme notre collègue Catherine Scholler à Saint-Etienne l’an suivant, son interprétation actuelle a gagné en humanité, en profondeur, portant les affres de l’angoisse dans une expressivité presque intime. La voix, la diction, le théâtre, tout l’habite.

Autre prise de rôle, la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac (Mère Marie de l’Incarnation) offre un personnage théâtral droit et fier, conscient de son autorité naturelle. Vocalement, elle impose une voix cadrée, soutenue, parfaitement en osmose avec le texte qu’elle tient dans une diction pénétrante. A ses côtés, (Madame Lidoine) torturée à l’annonce des pressentiments qui assaillent le futur de la communauté intériorise son discours avec la voix apaisante de l’expérience et du rassemblement autour de la prière.

Dans sa mise en scène, centre son discours sur la peur. La peur de mourir, qui dans le discours de Bernanos lui fait dire que même Jésus avait peur de mourir. Son traitement scénique d’une simplicité ascétique, avec des panneaux gris ouvrant ou fermant la scène tel l’objectif d’un appareil photographique resserre son diaphragme sur les personnages et leurs dialogues essentiels et existenciels. Directeur d’acteurs efficace dans toutes les scènes intimes du Carmel, il s’avère toutefois moins heureux dans celles des irruptions des soldats et des commissaires du peuple.

Dans la fosse, le chef fait sienne cette partition qu’il a porté dans nombre de théâtres. Si l’Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence ne répond pas toujours aux demandes du chef, il reste néanmoins très vivant quand bien même certains fortissimo tendent à couvrir les voix du plateau.

Crédit photographique : (Blanche) © Cédric Delestrade/ACM-Studio/Avignon

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Avignon, Opéra-Théâtre d’Avignon. 27-III-2011. Francis Poulenc (1899-1963) : Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes et douze tableaux sur un livret d’Emmet Lavéry d’après Bernanos. Mise en scène : Jean-Claude Auvray. Décors : Antoni Taulé. Costumes : Chiara Donato. Avec Anne-Catherine Gillet, Blanche ; Paul Gay, Le Marquis de la Force ; Sébastien Droy, Le Chevalier de la Force ; Pauline Courtin, Sœur Constance ; Sylvie Brunet, Madame de Croissy ; Manon Feubel, Madame Lidoine ; Stéphanie d’Oustrac, Mère Marie de l’Incarnation ; Isabelle Guillaume, Mère Jeanne de l’Enfant Jésus ; Julie Mauchamp, Sœur Mathilde ; Léonard Pezzino, L’Aumônier du Carmel ; Philippe Fourcade, Geôlier, le Deuxième Commissaire ; Thomas Morris, Premier Commissaire. Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand), Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Jean-Yves Ossonce

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