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Rouvali poursuit son aventure Sibelius avec le Concerto pour violon et Lemminkäinen

L’intégrale symphonique de Sibelius achevée en beauté, et l’ poursuivent avec le Concerto pour violon et la suite de Lemminkäinen.

A l’achèvement du cycle des symphonies, on espérait une continuation avec Kullervo (déjà capté en 2018), mais ce sont finalement l’incontournable Concerto pour violon et la moins fréquentée Suite Lemminkäinen qui sont livrés.

Les quatre Légendes de Lemminkäinen sont l’œuvre d’un toujours jeune Sibelius (31 ans), qui cherche alors sa voie entre chantre d’une épopée populaire et nationale d’une Finlande dominée entre Suède et Russie, et compositeur de musique pure à portée universelle. Face à la résistance des musiciens et des critiques de l’époque, la suite symphonique telle que nous la connaissons ne sera donnée que deux fois en 1896 et 1897 avant de disparaître pour plusieurs décennies. Si le populaire Cygne de Tuonela et Le Retour de Lemminkäinen ont trouvé leur  forme définitive dès 1900, les pièces n°1 Lemminkäinen et les jeunes filles de l’île et n°3 Lemminkäinen à Tuonela ne furent achevées qu’en 1939, alors que Sibelius ne parvenait plus à composer d’œuvre nouvelle depuis 1926. La Suite sera publiée enfin dans sa forme définitive en 1954, manifestant l’intérêt continu du compositeur pour cette œuvre au parcours contrarié.

La discographie de Lemminkäinen est d’une qualité particulièrement élevée, du pionnier Eugene Ormandy/Philadelphie (RCA) en passant par Thomas Jensen/Radio danoise (Decca), Hannu Lintu/ Radio Finlandaise(Ondine, Clef ResMusica) et récemment Susanna Mälkki/Helsinki (Bis), pour ne citer qu’eux. De Mikko Franck à Esa-Pekka Salonen en passant par le bouillant Lef Segerstam et le chambriste Osmo Vänskä, les Järvi père et fils et ceux précités, tous ont été inspirés par cette œuvre de jeunesse, fraîche, lyrique et épique. Face à un tel héritage, fait mieux que d’ajouter sa pierre à un magnifique édifice, il apporte les qualités particulières de son cycle avec Göteborg, c’est à dire une fluidité, une vie, et peut-être ce qui est parfaitement indéfinissable, une grâce unique.

On chérira la leçon de style d’un Ormandy, l’élégance et le dynamisme d’un Salonen, la plénitude sonore d’une Mälkki, les climax d’un Segerstam et la finesse d’un Vänskä, mais Rouvali nous paraît creuser la partition plus que les autres. Trois exemples :

Dans le premier mouvement, après l’entame bucolique, écoutez (de 1:21 à 1:31) ces accords qui marquent l’envoi du mouvement et de toute l’épopée qui va suivre. De ces accords presque fonctionnels, comme les trois coups de bâton au théâtre, Rouvali trouve seul – il nous semble – le juste ton, le rôle de transition et d’ouverture. Qui sait trouver la juste expression du coup d’envoi, a la clé de toute l’œuvre.

Son Cygne de Tuonela, le deuxième mouvement, étonne par sa lenteur étale, son refus de l’élégiaque. Comme Rouvali a raison ! Nous sommes au royaume des morts et du rien, pas celui des vivants qui pleurent leur vie passé. Et le cygne noir évolue sur le fleuve de même couleur, fascinant et indifférent.

Le troisième mouvement, Lemminkäinen à Tuonela, est le plus important dramatiquement  et musicalement (le héros est mort, sa mère vient au bord du fleuve noir le chercher et le ressusciter). Ce qu’il permet à Rouvali de réaliser est une merveille d’équilibre entre suspens et suspension, poésie pure et gestion des crescendos dramatiques. On mesure là l’avantage pour Rouvali d’avoir tout un cycle inscrit dans la longue durée entre un orchestre et son chef. Quand l’entente est si belle, cela vous donne un supplément d’âme à rendre jaloux Berlin, Vienne, Amsterdam et Boston.

Le Concerto pour violon permet de découvrir , soliste suédoise en résidence à l’Orchestre de Göteborg et son Stradivarius Ovcharov de 1694, lequel passa dans les mains du luthier Marcel Vatelot en 1924-1925. On goûte l’engagement et le son généreux de la soliste, l’entente avec le chef, le dynamisme et la musicalité de l’ensemble.

Un ajout de qualité à une discographie pléthorique. En effet, au fil des années de nombreuses versions modernes ont été saluées dans nos colonnes : Johan Dalene/Storgårds (Bis, Clef d’Or ResMusica), Christian Tetzlaf/Ticciati (Ondine, Clef ResMusica), Frank Peter Zimmerman/Storgårds (Ondine, Clef ResMusica) /Tobias Feldman/Kantorow (Alpha, Clef ResMusica), ( Leonidas Kavakos/Vänskä (Bis),  Lisa Batiashvili avec Sakari Oramo (Sony Classical) puis avec Barenboim (DG), Zhi-Jong Wang/Sanderling (Accentus), Vadim Repin/Krivine (Erato), Sergueï Khatchatrian/Krivine (Naïve), Hilary Hahn/Salonen (DG), Vilde Frang/Søndergård (Warner). Parmi les versions historiques, ont été distinguées les gravures de Ginette Neveu/Süsskind (Warner), Christian Ferras/Karajan (DG), les multiples versions signée par David Oïstrakh,  ou encore Ruggiero Ricci/Fjeldstad (Decca). A cette liste sélective (!), il manque au moins deux versions, celle de en concert en 1943 à Berlin avec , qui n’est pas une référence en soi mais comblera les amateurs d’atmosphère (sinistre) chargée d’Histoire, et surtout le tout premier enregistrement, en 1935, avec et avec le Philharmonique de Londres, fascinant, incontournable.

La fin du cycle des symphonies (Clef ResMusica) : 

Santtu-Matias Rouvali conclut en beauté un splendide cycle des symphonies de Sibelius

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